Quand on pense à One Piece, plusieurs choses viennent immédiatement à l’esprit.
Les pirates.
Les Fruits du Démon.
Le Gouvernement mondial.
Les combats interminables.
Luffy qui mange suffisamment pour provoquer à lui seul une crise alimentaire mondiale.
Mais personnellement, je n’avais encore jamais pensé :
« Vous savez ce qu’il manque à cet univers ? Un jeu de gestion de restaurant en pixel art. »
Visiblement, Kairosoft et Bandai Namco Entertainment, eux, si.
Et vous savez quoi ?
Ce n’était finalement pas une mauvaise idée.
ONE PIECE : Grand Gourmet troque donc les affrontements épiques contre les fourneaux et nous demande de développer une nouvelle branche du célèbre Baratie aux côtés de Sanji et de l’équipage du Chapeau de Paille.
Au programme : cuisine, décoration, recrutement, expéditions, plus de 400 personnages à rencontrer et plus de 200 éléments de mobilier, structures et décorations à installer.
Le tout à une vitesse absolument infernale.
Vous vouliez réfléchir tranquillement à votre menu ?
HAHAHAHA.
Service !
Un faux Baratie ? Sanji demande votre localisation
Tout commence lorsqu’un problème particulièrement grave touche le célèbre restaurant où travaillait autrefois Sanji.
Un établissement est apparu en mer et se fait passer pour le véritable Baratie.
Alors là…
Voler.
Piller.
Attaquer des navires.
Bon.
Nous sommes chez les pirates.
Mais voler l’identité du restaurant de Sanji ?
Vous avez donc choisi la mort.
Sanji et Luffy retrouvent alors Patty et Carne, tandis que notre protagoniste, qui avait secrètement embarqué à bord de leur navire, rejoint également l’aventure.
La solution trouvée pour protéger la réputation du Baratie est évidemment parfaitement raisonnable :
ouvrir un deuxième restaurant et éclater la concurrence.
J’admire cette philosophie.
Quelqu’un copie votre restaurant ?
Ne faites pas appel à un avocat.
Construisez-en un autre et ruinez-le économiquement.
One Piece vient d’inventer la guerre commerciale.
Le Baratie version Kairosoft
À partir de là, ONE PIECE : Grand Gourmet devient véritablement un jeu de gestion de restaurant.
Et ceux qui connaissent les productions de Kairosoft retrouveront rapidement la philosophie du studio.
Notre établissement commence modestement avant de devenir progressivement une énorme machine remplie de clients, de bâtiments et d’activités.
Mais avant de construire Disneyland sur un bateau, il faut évidemment commencer par quelque chose d’essentiel.
La bouffe.
Les personnages rencontrés au cours de l’aventure nous donnent des idées pour de nouveaux plats tandis que Luffy part récupérer des ingrédients pendant ses explorations.
Oui.
Luffy est chargé de ramener la nourriture.
Personnellement, j’aurais commencé par identifier cette faille majeure dans le business plan.
Mais apparemment, ça fonctionne.
Sanji peut ensuite transformer les ingrédients récupérés en différentes recettes destinées à composer nos menus.
Sanji, fais-nous péter la carte
Les menus ne consistent pas simplement à sélectionner un plat principal.
Il faut également réfléchir aux différents accompagnements permettant de créer une offre complète.
Un plat peut être associé à un accompagnement, une boisson et un dessert afin d’améliorer sa qualité et surtout le prix que les clients accepteront de payer.
Parce que même dans One Piece, une règle reste universelle :
le dessert fait grimper l’addition.
Différents accessoires comme les couverts et les verres peuvent également améliorer les plats.
Le système pousse donc à tester différentes associations afin de proposer des menus toujours plus intéressants à une clientèle dont les exigences augmentent progressivement.
Et évidemment, les références à la licence sont nombreuses.
De la viande, du thon et des Fruits du Démon
Le catalogue culinaire mélange recettes traditionnelles et plats directement inspirés de l’univers de One Piece.
On retrouve notamment le barbecue de viande Aqua-Aqua, les penne au gorgonzola avec des tranches de thon blanc, différentes créations exploitant les pouvoirs des Fruits du Démon, mais également des choses beaucoup plus classiques comme du jambon-melon ou des hamburgers.
Autrement dit, votre restaurant peut probablement servir un plat inspiré d’un pouvoir capable de bouleverser les lois de la nature…
…puis envoyer un jambon-melon à la table 7.
La gastronomie ne juge personne.
Mais préparer les plats ne représente qu’une partie du travail.
Parce qu’il faut également s’occuper de la salle.
Et là, Kairosoft commence à sortir les cartons.
Plus de 200 éléments pour transformer le restaurant
ONE PIECE : Grand Gourmet propose plus de 200 meubles, structures et décorations permettant de personnaliser notre établissement.
Mais il ne s’agit pas uniquement de décoration.
Les différents éléments permettent de créer des ambiances correspondant aux goûts des personnages qui fréquentent le restaurant.
Une salle inspirée de la Marine pourra par exemple convenir à Smoker, tandis que les pirates apprécieront davantage des espaces correspondant à leur univers.
L’idée devient rapidement intéressante parce que le restaurant finit par refléter toute la folie de One Piece.
Et plus les personnages apprécient l’établissement, plus leurs possibilités d’interaction augmentent.
Certains peuvent être recrutés pour gérer différentes structures.
D’autres débloquent des objets ou de nouvelles possibilités.
Et certains semblent simplement décider :
« Sympa ici. Je vais vivre dans le restaurant. »
Très bien.
Faites comme chez vous.
Apparemment, tout le monde le fait déjà.
Franky, arrête de construire des trucs pendant cinq minutes
Après seulement quelques heures, notre petit restaurant de départ devient pratiquement méconnaissable.
Et forcément, Franky participe aux travaux.
Le bateau s’agrandit progressivement, de nouveaux espaces apparaissent et les possibilités d’aménagement se multiplient.
On peut notamment créer des chambres personnalisées pour les membres de l’équipage.
Mais pourquoi s’arrêter là ?
On trouve également des constructions nettement plus originales comme une piscine destinée aux monstres marins capturés par Zoro ou encore le théâtre de Buggy.
Oui.
Nous sommes partis d’un restaurant.
Nous avons maintenant un théâtre et une piscine pour monstres marins.
J’ai perdu le contrôle de mon établissement.
Et franchement ?
J’adore ça.
Un gigantesque parc d’attractions pour fans de One Piece
Les développeurs ont également rempli le jeu de références aux différents arcs de la série.
Les fans reconnaîtront des éléments inspirés de Whole Cake Island, des technologies rappelant Egghead, du mobilier lié à Fish-Man Island et de nombreux autres clins d’œil.
Même avec le pixel art extrêmement simplifié de Kairosoft, les personnages et les références restent généralement facilement identifiables.
Et vu la quantité de contenu tiré de la licence, les amateurs de One Piece auront régulièrement cette petite réaction :
« OH PUTAIN, ILS ONT MIS ÇA ! »
Puis cinq minutes plus tard :
« OH PUTAIN, LUI AUSSI ! »
Puis :
« Attends… pourquoi Buggy possède un théâtre dans mon restaurant ? »
Ne cherchez pas.
Acceptez.
Plus de 400 personnages : bonne chance pour retenir les réservations
Parce que le nombre annoncé est assez impressionnant :
plus de 400 personnages issus de One Piece peuvent apparaître dans le jeu.
Amis.
Ennemis.
Pirates.
Marines.
Peu importe.
Tout le monde vient manger.
Finalement, la nourriture aura réussi là où des décennies de conflits ont échoué.
La paix mondiale par le buffet.
Certains personnages viennent naturellement lorsque le prestige du restaurant augmente.
D’autres demandent davantage d’efforts et nécessitent des menus particuliers ou des décorations correspondant à leurs préférences.
Cela transforme progressivement la recherche des différents personnages en une activité à part entière.
Et évidemment, Luffy et son équipage peuvent également partir en expédition.
Luffy, va chercher les ingrédients. Et ne les mange pas.
Chaque jour, Luffy, puis progressivement les autres membres de l’équipage, partent automatiquement chercher des ingrédients.
Ces expéditions permettent de récupérer de nouvelles ressources, mais également des cadeaux destinés aux clients.
Elles peuvent aussi déclencher des rencontres avec certains personnages spéciaux.
Et pour débloquer quelques-uns d’entre eux, il faudra parfois envoyer une combinaison précise de membres de l’équipage.
L’idée apporte encore une couche supplémentaire à la gestion.
Ce qui serait parfaitement raisonnable…
si le jeu nous laissait deux secondes pour comprendre ce qui se passe.
Parce que nous arrivons au principal problème de ONE PIECE : Grand Gourmet.
STOP ! SANJI, PUTAIN, J’ESSAIE DE LIRE !
Les premières heures sont frénétiques.
Mais vraiment.
Le jeu balance rapidement de nouvelles mécaniques, des personnages, des activités, des transformations, des informations et des possibilités.
Encore.
Et encore.
Et encore.
Vous venez de comprendre une mécanique ?
PARFAIT, EN VOICI TROIS AUTRES.
Attends.
NON.
Je voulais juste regarder ce que Franky venait de construire.
TROP TARD, LUFFY EST REVENU, QUELQU’UN VEUT UN NOUVEAU PLAT ET BUGGY A PROBABLEMENT OUVERT UN CASINO DANS LES TOILETTES.
Le problème n’est pas tellement la quantité de choses à faire.
Au contraire, la richesse du jeu constitue l’une de ses principales qualités.
Le problème, c’est le rythme auquel tout nous arrive dans la figure.
Vous ne pouvez pas ralentir
Et voilà la décision que je comprends beaucoup moins :
il n’existe aucune véritable possibilité de ralentir la vitesse du jeu.
On peut l’accélérer.
Mais la ralentir ?
Non.
Les dialogues eux-mêmes défilent automatiquement par défaut.
Il est possible d’interrompre le rythme en passant par les menus, mais cela ne remplace pas un véritable contrôle de la vitesse.
Pour un jeu de gestion rempli de textes, d’informations, de personnages et de mécaniques différentes…
C’est franchement étrange.
C’est comme si Sanji entrait dans la cuisine en hurlant :
« PRENEZ VOTRE TEMPS ! »
Tout en vous poursuivant avec un chronomètre.
Le jeu n’est pourtant pas punitif
Le plus paradoxal est que ONE PIECE : Grand Gourmet ne nous impose aucune véritable urgence.
Il n’y a pas de limite de temps empêchant de rattraper ce que l’on a manqué.
Le jeu reste relativement bienveillant.
Mais sa présentation donne constamment l’impression inverse.
On a le sentiment de courir après une machine qui avance toujours légèrement plus vite que nous.
Avec le temps, on finit par s’habituer à ce rythme.
Les mécaniques deviennent plus naturelles.
On commence à comprendre ce qui mérite réellement notre attention immédiate et ce qui peut attendre.
Mais le début risque clairement de décourager certains joueurs.
Attention aux nouveaux venus dans le genre
C’est d’autant plus dommage que la licence One Piece attirera probablement des joueurs qui ne connaissent pas nécessairement les jeux de gestion de Kairosoft.
Et pour eux, les premières heures risquent d’être brutales.
Pas parce que le jeu est difficile.
Mais parce qu’il est épuisant à suivre.
Un joueur habitué aux jeux de gestion finira probablement par trouver ses marques.
Un jeune fan venu simplement parce que Luffy sourit sur l’illustration pourrait en revanche regarder son écran pendant vingt minutes avant de demander :
« Mais qu’est-ce que vous voulez de moi ?! »
Et honnêtement ?
Pendant la première heure, je me suis parfois posé la même question.
Le pixel art Kairosoft fonctionne parfaitement…
Visuellement, Kairosoft reste fidèle à son style traditionnel.
Le pixel art est extrêmement stylisé et réduit personnages comme environnements à leurs caractéristiques essentielles.
Sur l’écran portable de la Nintendo Switch, le résultat fonctionne particulièrement bien.
Les petits personnages restent lisibles et le format correspond parfaitement à cette direction artistique.
On imagine facilement pourquoi ce style fonctionne également très bien sur smartphone.
Et malgré les limitations visuelles volontaires, les héros de One Piece restent reconnaissables.
Il suffit parfois de quelques pixels.
Une coiffure.
Une silhouette.
Un chapeau.
Et soudain votre cerveau hurle : LUFFY.
…mais beaucoup moins sur une grande télévision
Sur un grand écran, en revanche, les limites deviennent nettement plus visibles.
Le style simplifié de Kairosoft paraît beaucoup plus rudimentaire lorsqu’il est étiré sur une télévision.
Certains éléments deviennent même parfois légèrement confus.
Ce n’est pas laid.
La direction artistique reste cohérente.
Mais clairement, ONE PIECE : Grand Gourmet semble beaucoup plus à l’aise sur un écran portable.
C’est un peu comme observer une miniature avec une loupe industrielle.
À un moment, vous commencez surtout à voir les pixels.
Et eux commencent probablement à vous voir aussi.
Une boucle généreuse… mais potentiellement répétitive
Une fois les premières heures digérées, le jeu devient beaucoup plus agréable.
On améliore le restaurant.
On découvre de nouvelles recettes.
On rencontre davantage de personnages.
On construit.
On décore.
On envoie l’équipage en expédition.
On débloque de nouvelles possibilités.
La boucle fonctionne.
Mais elle finit également par montrer ses limites.
À force de répéter les mêmes types d’actions, une certaine lassitude peut progressivement apparaître.
La quantité de personnages, d’objets et de références permet heureusement de maintenir l’intérêt pendant un bon moment, particulièrement pour les fans de One Piece.
Mais derrière cette gigantesque célébration de la licence se trouve malgré tout une structure de gestion assez répétitive.
Même Luffy finirait probablement par demander quand est-ce qu’on mange.
Bon.
Mauvais exemple.
Il demande déjà ça toutes les cinq minutes.
Une déclaration d’amour à One Piece
Et finalement, c’est probablement ici que ONE PIECE : Grand Gourmet réussit le mieux.
Il comprend parfaitement l’énergie de la série.
Tout est chaotique.
Coloré.
Exagéré.
Rempli de personnages.
Un peu bordélique.
Mais constamment chaleureux.
Les interactions entre les clients créent de petites histoires, les références sont omniprésentes et voir progressivement notre restaurant devenir une espèce de gigantesque rassemblement de personnages issus de plusieurs décennies de One Piece procure un véritable plaisir.
Le jeu ne cherche pas à reproduire les grandes batailles du manga.
Il préfère exploiter quelque chose de beaucoup plus quotidien :
la bouffe.
Et quand on connaît Luffy…
Finalement, c’était peut-être le choix le plus fidèle possible.
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