Mettez-moi un donjon, quelques portes fermées, des passages suspects, un coffre placé beaucoup trop ostensiblement dans un coin et une salle qui crie « piège évident » à quinze kilomètres, et je vais évidemment rentrer dedans.
Deep Dish Dungeon avait donc tout pour me parler.
Le jeu cherche à fusionner l’exploration classique d’un donjon avec des mécaniques de survie, d’artisanat et de cuisine. Sur le papier, l’idée fonctionne : partir toujours plus profondément sous terre, utiliser les ressources découvertes pour survivre et fabriquer ce dont nous avons besoin avant de poursuivre notre exploration.
Une sorte de délicieux mille-feuille vidéoludique.
Malheureusement, après plus de trente heures passées dans ses couloirs, j’ai surtout découvert que les différentes couches avaient parfois envie de se foutre sur la gueule dans l’assiette.
Parce que Deep Dish Dungeon possède un excellent donjon.
Mais plusieurs des systèmes construits autour de lui semblent faire tout leur possible pour nous empêcher d’en profiter tranquillement.
Bienvenue dans le donjon, veuillez abandonner votre GPS
Côté scénario, Deep Dish Dungeon ne cherche pas spécialement à révolutionner le genre.
Nous incarnons un chasseur de trésors venu explorer un mystérieux donjon afin d’y récupérer, eh bien…
Des trésors.
Au moins, le contrat de travail est clair.
Une cinématique d’introduction pose le contexte tandis que différentes notes et quelques secrets permettent progressivement de découvrir ce qui est arrivé aux aventuriers ayant eu l’excellente idée de descendre ici avant nous.
Spoiler : quand vous trouvez les notes abandonnées d’anciens explorateurs dans un donjon, ils sont rarement partis ouvrir une boulangerie à Nice.
La narration reste cependant très secondaire.
La véritable vedette de Deep Dish Dungeon, c’est évidemment son donjon.
Et là, il possède de sacrés arguments.
Un donjon entièrement conçu à la main
Contrairement à beaucoup de jeux du genre, le donjon n’est pas généré aléatoirement.
Sa structure est fixe et entièrement réalisée à la main.
Et c’est probablement l’une des meilleures décisions du jeu.
Parce qu’avec une structure maîtrisée, les développeurs peuvent construire des salles, passages et énigmes qui s’imbriquent réellement les uns dans les autres.
Le donjon n’est d’ailleurs pas nécessairement immense en superficie.
Il donne l’impression de l’être.
Les différentes zones sont fortement interconnectées, certaines salles contiennent des bonus cachés et plusieurs passages restent inaccessibles jusqu’à l’obtention d’un outil spécifique.
Vous passez devant un endroit impossible à atteindre.
Vous continuez.
Trois heures plus tard, vous obtenez exactement ce qu’il fallait.
Et votre cerveau fait immédiatement :
« ATTENDS. LA SALLE DU DÉBUT ! »
Voilà.
C’est précisément ce que j’aime dans un bon dungeon crawler.
Pas de peinture jaune : utilisez vos yeux
Deep Dish Dungeon ne cherche pas non plus à nous tenir constamment par la main.
Pas de grosse flèche.
Pas de chemin peinturluré en jaune.
Pas de PNJ qui surgit toutes les trente secondes pour nous expliquer que la porte fermée pourrait éventuellement nécessiter…
Attention, révélation.
Une clé.
Il faut explorer.
Observer.
Tester.
Retenir certains endroits.
Et surtout accepter de ne pas toujours savoir immédiatement où aller.
Même au début, les indications restent relativement limitées et le jeu devient progressivement plus exigeant lorsque de nouvelles zones s’ouvrent.
Pourtant, malgré cette absence d’assistance constante, je me suis rarement senti complètement perdu.
Il y avait généralement quelque chose à examiner, un nouveau passage à visiter ou un ancien endroit devenu accessible grâce à un outil récemment obtenu.
Le jeu fait confiance au joueur.
Et franchement ?
Ça fait du bien.
Les énigmes sont le véritable trésor
Même si Deep Dish Dungeon propose des combats, son intérêt principal réside clairement dans l’exploration et les énigmes.
Les salles cachent régulièrement des mécanismes à comprendre et la structure fixe du donjon permet de construire des problèmes qui reposent réellement sur notre connaissance des lieux.
C’est ici que le jeu fonctionne le mieux.
Lorsqu’on explore simplement.
Lorsqu’on aperçoit quelque chose d’étrange.
Lorsqu’on revient dans une ancienne zone avec un nouvel outil.
Lorsqu’un passage que l’on observait depuis plusieurs heures devient enfin accessible.
Bref, lorsque Deep Dish Dungeon est réellement un dungeon crawler.
Malheureusement, il semble parfois avoir peur qu’on s’amuse trop.
Alors il nous rappelle qu’il est également un jeu de survie.
J’avais demandé un dungeon crawler, pas Top Chef
Parce que oui.
Dans Deep Dish Dungeon, il faut aussi récolter des ressources, fabriquer des objets, cuisiner, gérer sa faim et surveiller ses sources de lumière.
Tout le jeu se déroule sous terre et une zone non éclairée devient totalement noire.
L’idée de devoir survivre avec ce que l’on trouve dans le donjon est excellente.
Sur le papier.
Encore lui.
Le papier commence sérieusement à avoir un meilleur jeu que nous.
Le problème vient surtout de l’équilibre entre ce que ces mécaniques nous demandent et ce qu’elles apportent réellement à l’expérience.
Et la nourriture illustre parfaitement ce problème.
Deep Dish Dungeon, où le « Dish » n’est finalement pas très Deep
Le jeu ne propose pas réellement de système traditionnel de niveaux et de statistiques.
Hormis l’équipement, une grande partie de nos améliorations passe donc par la nourriture.
Comme dans Valheim, trois emplacements permettent d’utiliser différents aliments dont les effets se cumulent afin d’augmenter temporairement nos caractéristiques.
Le système fonctionne très bien dans son principe.
Sauf qu’ici, il possède deux problèmes.
Le premier ?
Les effets ne durent pas suffisamment longtemps.
Et lorsque vous êtes en train de résoudre une énigme tranquillement avant de voir votre endurance maximale fondre parce que votre personnage vient apparemment de digérer son ragoût à la vitesse d’un trou noir…
C’est légèrement agaçant.
Vous étiez en pleine réflexion.
Vous aviez presque compris.
Mais non.
Michel a faim.
Il faut manger.
La cuisine manque cruellement de saveur
Et nous arrivons au second problème.
Pour un jeu appelé Deep Dish Dungeon, la cuisine est étonnamment…
Banale.
On débloque de nouveaux ingrédients et différentes méthodes de préparation au fil de l’aventure, mais les plats restent finalement très proches de ce que l’on retrouve habituellement dans les jeux de survie.
Ce n’est pas mauvais.
C’est juste sans surprise.
Et c’est particulièrement dommage parce que le titre du jeu semblait presque annoncer que la cuisine allait posséder une véritable importance ou une originalité particulière.
J’attendais peut-être des recettes étranges utilisant des ingrédients découverts dans les profondeurs.
Des interactions inattendues.
Des plats réellement intégrés aux mystères du donjon.
Quelque chose.
Mais non.
Deep Dish Dungeon nous invite au restaurant et nous sert le menu enfant.
C’est nourrissant.
Ça fonctionne.
Mais j’avais lu « Deep Dish » sur l’enseigne, bordel.
Six cases d’inventaire : vous plaisantez ?
Et maintenant…
L’inventaire.
Ah.
L’inventaire.
Vous commencez avec six emplacements.
Six.
S-I-X.
Une amélioration disponible relativement tôt permet de monter jusqu’à neuf.
NEUF.
Dans un jeu où nous devons transporter des armes, de l’armure, des outils, de la nourriture, des ressources et différents objets nécessaires à notre progression.
À ce stade, ce n’est plus un inventaire.
C’est une poche de jean skinny.
Vous équipez quelques objets indispensables et il ne reste déjà presque plus de place pour ramasser quoi que ce soit.
Et forcément, la conséquence est immédiate :
les allers-retours.
Le véritable boss : « inventaire plein »
Vous explorez.
Vous trouvez des ressources.
Inventaire plein.
Retour.
Vous déposez vos ressources.
Vous repartez.
Vous réalisez qu’il fallait l’outil que vous venez justement de ranger.
Retour.
Vous prenez l’outil.
Vous repartez.
Vous trouvez de la nourriture.
Inventaire plein.
Retour.
Au bout d’un moment, j’ai commencé à connaître certains couloirs mieux que mon propre appartement.
Et c’est extrêmement frustrant parce que la structure interconnectée du donjon est justement excellente.
Les raccourcis permettent heureusement de réduire certains déplacements.
Mais même avec cela, devoir interrompre régulièrement l’exploration uniquement parce que notre personnage semble être parti dans un donjon avec la capacité de transport d’un enfant de maternelle devient rapidement pénible.
Les jeux de survie proposent généralement soit davantage d’espace, soit des emplacements spécifiques pour certains équipements.
Ici ?
Non.
Choisissez entre votre épée et vos champignons, aventurier.
Bonne chance.
Solo No Go
Et c’est là qu’apparaît le véritable éléphant dans le donjon.
Deep Dish Dungeon semble avoir été clairement pensé autour du multijoueur.
Le jeu permet de partir à l’aventure avec deux amis ou d’ouvrir un salon public dans lequel d’autres joueurs peuvent entrer et sortir.
Mais pour ce test, je n’ai pu parcourir le jeu qu’en solo.
Je ne vais donc pas vous expliquer que le multijoueur est fantastique, révolutionnaire ou capable de sauver votre mariage.
Je ne l’ai pas testé.
En revanche, je peux constater quelque chose de beaucoup plus concret :
plusieurs problèmes rencontrés en solo semblent directement liés à des mécaniques pensées pour plusieurs joueurs.
Et seul…
Ça pique.
Quand le jeu découvre que je n’ai pas amené deux copains
Prenons l’inventaire.
À plusieurs, chaque joueur possède ses propres emplacements.
Il devient donc possible de répartir les outils, les ressources et la nourriture entre les membres du groupe.
En solo ?
Démerde-toi, Michel.
Même chose avec certains combats.
Le système reste extrêmement basique : avancer, attaquer, reculer.
Un fonctionnement qui peut rappeler King’s Field ou, plus récemment, Lunacid.
Le problème est que certains ennemis réagissent peu aux attaques ou demandent des approches plus complexes que simplement leur présenter notre épée jusqu’à ce qu’ils arrêtent de bouger.
À plusieurs, on imagine facilement différents rôles : attirer l’ennemi, utiliser des armes différentes ou coordonner les attaques.
Seul, nos possibilités sont forcément plus limitées.
Encore une fois, impossible de juger la qualité réelle du multijoueur sans l’avoir essayé.
Mais une chose est certaine :
le solo sait parfaitement nous rappeler qu’on est seul.
Merci, jeu.
Je venais justement pour me détendre.
Les combats font le minimum syndical
Le système de combat n’est d’ailleurs clairement pas la grande attraction du titre.
On avance.
On frappe.
On recule.
On recommence.
Cela fonctionne.
Mais comparé à la qualité de l’exploration et de certaines énigmes, les affrontements paraissent beaucoup plus rudimentaires.
Ils constituent davantage un obstacle supplémentaire pendant notre progression qu’un système suffisamment profond pour porter l’expérience.
Ce n’est pas nécessairement dramatique pour un jeu dont la principale force se trouve ailleurs.
Mais combinés aux contraintes de nourriture, de ressources et d’inventaire, certains combats finissent par ressembler à une formalité administrative avec un squelette au milieu.
Et personne n’aime l’administration.
Même avec des squelettes.
Deux jeux qui refusent parfois de partager la même chambre
Voilà finalement le problème central de Deep Dish Dungeon.
Individuellement, plusieurs idées sont bonnes.
Le dungeon crawler ?
Très bon.
La structure interconnectée ?
Excellente.
Les énigmes ?
Réussies.
La survie dans un environnement entièrement souterrain ?
Bonne idée.
L’artisanat et la cuisine ?
Pourquoi pas.
Mais lorsqu’on assemble tout…
Les systèmes commencent parfois à se gêner mutuellement.
L’exploration demande du temps et de l’observation.
La nourriture nous demande de nous dépêcher avant que ses bonus disparaissent.
Le donjon encourage à fouiller partout.
L’inventaire nous demande d’arrêter de ramasser des trucs.
Les énigmes donnent envie de rester sur place pour réfléchir.
La survie nous rappelle qu’il faut repartir chercher certaines ressources.
C’est comme mettre deux excellents colocataires ensemble avant de découvrir qu’ils se détestent.
Individuellement, tout allait bien.
Maintenant quelqu’un a écrit « NE TOUCHE PAS À MON LAIT » sur le frigo.
Plus de trente heures dans les profondeurs
Après plus de trente heures de jeu, c’est probablement ce contraste qui reste le plus frustrant.
Parce que Deep Dish Dungeon possède réellement quelque chose.
Son monde donne envie d’être exploré.
Ses secrets donnent envie de revenir dans les anciennes zones.
Ses énigmes récompensent l’observation.
Et sa structure entièrement conçue à la main est infiniment plus intéressante qu’un simple assemblage aléatoire de salles.
Mais trop souvent, l’expérience est interrompue par des systèmes périphériques qui apportent davantage de contraintes que de plaisir.
Et c’est particulièrement visible en solo.
Quelques ajustements pourraient pourtant changer énormément de choses.
Davantage d’emplacements d’inventaire.
Une gestion moins agressive des bonus alimentaires.
Quelques options spécifiques pour les joueurs solitaires.
Rien qui nécessite de reconstruire entièrement le jeu.
Juste…
Laissez-moi explorer votre excellent donjon, bordel.
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