Le Kiosque — BD & Manga09/18/2026

Un auteur de la Drôme refait entièrement son album sur la Marne, cinq ans après

Même livre, même auteur, et presque plus rien en commun.

Victor Lepointe, installé à Montmiral, publie le 30 septembre Été 1914 chez Grand Angle, version reprise de zéro d'un album de 2021.

Par

Devil

Rédacteur chez SpiritGamer

Devil, fondateur de SpiritGamer. Zelda et Halo dans le sang depuis toujours, mais sinon je joue à tout, manette en main ou pas. Si un article vous a fait grincer des dents, c'est probablement le mien.

Fiche Kiosque
Auteur / créateurVictor Lepointe
ÉditeurGrand Angle, Bamboo Édition
Parution / sortie30 septembre 2026
EN BREF

Ce qu’il faut retenir

Notre positionUn auteur qui reprend son propre album à zéro cinq ans après, c'est rare au point de mériter qu'on demande pourquoi.

Vous avez publié un album. Il est sorti, il a trouvé ses lecteurs, il est derrière vous. Cinq ans plus tard, vous reprenez le découpage, vous réécrivez la narration, vous redessinez des planches, et vous le republiez.

C’est ce qu’a fait Victor Lepointe avec Été 1914, en librairie le 30 septembre chez Grand Angle, la collection patrimoine et histoire de Bamboo. Quatre-vingts pages, 18,90 euros.

Dans la bande dessinée française, ça ne se voit presque jamais. On réédite, on augmente, on ajoute un cahier graphique. On ne refait pas.

Ce que raconte l’album

Septembre 1914, autour de Vitry-le-François, pendant la bataille de la Marne. Deux trajectoires qui se croisent. Henri est un jeune lieutenant, persuadé que la guerre sera courte et qu’elle sera glorieuse. Adrien a dix-neuf ans, à peine sorti de l’enfance, et se retrouve dans un conflit qui le dépasse.

En quelques jours, tout ce qu’ils ont hérité du dix-neuvième siècle s’effondre sous l’artillerie. C’est le sujet : le basculement de l’héroïsme romantique vers la guerre industrielle, raconté par ceux qui l’ont pris en pleine figure.

Les textes de Charles Péguy, tué le 5 septembre 1914, traversent le récit et font l’objet d’un dossier en fin d’ouvrage. L’album s’intéresse aussi à ce que deviennent les survivants, et à la façon dont le traumatisme de la Grande Guerre est entré dans la langue courante.

La méthode, et pourquoi elle nous intéresse

Lepointe est auteur complet : scénario, dessin, couleurs. Il est né en 1987 à Vitry-le-François, dans la Marne, exactement là où se déroule son album, et il s’est passionné pour la Première Guerre mondiale depuis l’enfance.

Sa façon de travailler tient en deux gestes. Il part des archives militaires. Et il se rend sur les lieux avant de les dessiner. Pour cet album, il s’est appuyé sur Jean Lasnier, historien spécialiste de ces combats.

Avant la bande dessinée, il faisait de l’architecture et de l’infographie 3D. Il a publié des ouvrages illustrés à caractère historique et militaire, puis les aventures d’Ange Leca, journaliste détective dans le Paris inondé de 1910. En 2024, il a adapté le César de Marcel Pagnol et publié une version remaniée d’un de ses premiers ouvrages, Le Tombeau des chasseurs.

Cette histoire de version remaniée n’est donc pas un accident. C’est une habitude, et c’est ce qu’on aimerait lui faire raconter.

Pourquoi on en parle ici

Parce qu’il travaille à Montmiral, dans la Drôme, et qu’on est à Valence.

On passe notre temps à relayer ce qui vient de Tokyo, de Los Angeles ou de Paris. Un auteur qui fabrique seul un album de quatre-vingts pages à quelques kilomètres d’ici, personne d’autre ne le traitera avec cet angle. C’est le genre de sujet qui nous appartient, et on serait bête de le laisser passer.

Été 1914, de Victor Lepointe, en librairie le 30 septembre 2026 chez Grand Angle. Quatre-vingts pages, 18,90 euros.

À vousVous lisez de la BD historique ? Dites-nous ce qui vous accroche là-dedans, on aimerait savoir si le sujet parle au-delà des amateurs de Grande Guerre.