TEST03/05/2023

Resident Evil 4 Remake

Une histoire enfin cohérente et une campagne plus riche, au prix d'armes moins dévastatrices

Capcom modernise un monument du jeu d'action sans le trahir, avec un récit réécrit, une parade au couteau et une campagne bien plus généreuse que l'original.

VERDICT SPIRITGAMER

Claque

18/20

Resident Evil 4 Remake est un excellent travail de Capcom. L'histoire, enfin cohérente, donne une tout autre valeur à l'aventure de Leon, la campagne est plus longue et plus riche que celle de 2005, et la parade au couteau renouvelle des combats devenus plus exigeants. Les armes ont perdu un peu de leur côté dévastateur, et l'absence de la campagne d'Ada se fait sentir. Mais rarement un remake aura modernisé un classique avec autant de respect.

Points forts

  • Une réalisation technique solide
  • Un récit enfin cohérent, réécrit avec soin
  • Une parade au couteau qui renouvelle les combats
  • Une campagne plus longue et plus généreuse

Points faibles

  • L'absence de la campagne d'Ada Wong
  • Des armes moins dévastatrices qu'en 2005
  • Ashley et ses appels à l'aide
Par

Yakudark

Rédacteur chez SpiritGamer

Six ans se sont écoulés depuis la catastrophe biologique de Raccoon City. Leon S. Kennedy, l’un des survivants, est devenu agent du gouvernement sous les ordres directs du président des États-Unis, et on lui confie une mission : retrouver la fille du président, enlevée. Sa piste le mène dans un village isolé d’Europe, où la folie semble s’être emparée des habitants.

Resident Evil 4 a été le fleuron du projet Capcom Five, et le seul des cinq titres prévus en exclusivité sur GameCube à avoir connu un grand succès commercial. Dès le départ, Shinji Mikami voulait un jeu beaucoup plus tourné vers l’action que le reste de la série, et ce choix risqué lui a permis de toucher un public bien plus large. Mais réduire son succès à l’action serait une erreur : le jeu est devenu une référence du jeu de tir à la troisième personne, avec un level design exemplaire et des ennemis aux comportements si bien réglés que de nombreuses scènes de la campagne sont restées célèbres. Ses innovations ont influencé une bonne partie des jeux d’horreur qui ont suivi.

L’annonce du remake a divisé les fans. Beaucoup étaient impatients de revivre l’aventure de Leon sous une forme neuve, d’autres estimaient que le jeu n’avait pas besoin d’être retouché, ou que Code Veronica méritait davantage ce traitement. Certains soupçonnaient même un choix financier, le jeu original demandant moins de travail à moderniser. On l’a testé sur PS5 et sur Xbox Series X, pour voir qui avait raison.

Une histoire enfin prise au sérieux

Resident Evil a toujours été une série difficile à suivre. Elle puise autant dans les classiques de l’horreur que dans la série B, ce qui donne parfois des dialogues ringards ou farfelus, et le Resident Evil 4 de 2005 en était un parfait exemple, avec ses répliques mémorables pour leur absurdité, malgré une intrigue de fond solide. Les remakes ont choisi un ton plus sérieux, sans renier totalement les excès de la série, et celui-ci ne fait pas exception. Leon reste un dur à cuire qui aime les bons mots, mais il est bien plus crédible.

Capcom a largement réécrit l’aventure pour la rendre plus cohérente. Les scènes les plus ridicules ont été retravaillées, les personnages secondaires sont mieux caractérisés et plus présents, et la conclusion prend une tout autre valeur. Sans spoiler, le travail sur l’intrigue est brillant, bien au-dessus des autres remakes, au point de faire espérer la suite de la saga sous la même forme.

Un remake plus généreux que l’original

Après la déception du remake de Resident Evil 3 et de ses coupes, beaucoup attendaient un Resident Evil 4 complet. La conception des niveaux et le placement des ennemis ont fait de l’original un chef-d’œuvre, et les retrouver sans bouleversement tout en corrigeant ce qui avait mal vieilli relevait de l’exploit. Capcom a modernisé chaque passage avec le plus grand respect pour ce qui faisait la force du jeu. Un seul boss a disparu, l’un des moins réussis de l’original, et tout le reste a été retravaillé.

Le jeu regorge en plus de nouveautés : de nouveaux combats, des passages nettement allongés et de nouvelles zones à fouiller. La campagne est bien plus longue que celle de 2005. Les séquences inédites tiennent la comparaison avec les meilleurs moments de l’original, et les chapitres les plus tournés vers l’horreur sont plus tendus et plus angoissants qu’avant.

Un gameplay plus exigeant

Capcom ne pouvait pas trop toucher au gameplay, qui porte toute la structure du jeu. Mais refait sur le RE Engine, le remake repose forcément sur une physique différente. Dans le jeu de Mikami, Leon ne pouvait tirer qu’à l’arrêt, avec une visée précise et rapide. Ici, il peut se déplacer en visant, un gros avantage face à des ennemis nombreux et agressifs. Pour compenser, Capcom a alourdi et ralenti les déplacements, revu la puissance des armes et renforcé tous les adversaires.

Résultat, les armes frappent moins fort qu’en 2005, du moins tant qu’on ne les améliore pas chez le marchand, qui revient en meilleure forme que jamais. La précision du viseur baisse quand on bouge, et les armes se distinguent plus nettement les unes des autres. Les Ganados encaissent beaucoup plus : il faut presque toujours deux balles dans les jambes pour les mettre à terre, un tir dans la poitrine avec une arme faible n’interrompt pas toujours leur attaque, et certains résistent même à deux balles dans la tête. Avec autant d’ennemis qu’avant à chaque rencontre, le jeu est globalement plus difficile.

Les attaques au corps-à-corps de Leon restent donc indispensables, d’autant que les munitions sont plus rares. En 2005, le couteau et les coups de pied permettaient d’accumuler un surplus de balles. Le remake revient à ses racines de survival horror : il faut économiser, car un combat agité ou un boss vide vite l’inventaire. La difficulté semble s’adapter aux ressources du joueur, mais on a rarement eu assez de balles pour se sentir en sécurité, et fabriquer des munitions avec la poudre trouvée sur place ne suffit pas toujours.

Pour compenser, Leon gagne une parade au couteau très efficace, qui repousse presque tout, flèches et cocktails Molotov compris. La fenêtre est large, mais Capcom a équilibré le système : certaines attaques ne se parent pas, comme les saisies, et les couteaux s’usent jusqu’à casser. On peut renforcer et réparer le couteau principal chez le marchand, mais les couteaux secondaires ramassés en route cassent vite. Certains Ganados, une fois tués, se mettent aussi à convulser : si on ne les achève pas au couteau, ils se relèvent sous une forme plus coriace, une variation sur les Crimson Head du remake du premier épisode. S’y ajoute un vrai système d’infiltration, qui permet d’éliminer des ennemis par derrière pour éviter d’être encerclé ensuite.

Le changement qu’on a préféré, c’est la disparition des QTE, ces séquences de boutons à presser au bon moment, trop punitives dans l’original. Les passages qui les utilisaient ont été entièrement repensés, souvent autour d’une esquive à déclencher au bon moment. Le nouveau gameplay perd un peu du côté viscéral de 2005, où les armes étaient plus dévastatrices et le chaos plus jouissif, et certains puristes pourraient préférer l’ancien système. Mais il est parfaitement adapté aux combats de ce remake.

Une technique solide, une absence regrettée

Sur PS5 et Xbox Series X, en mode performance, le jeu est très réussi. Les animations sont soignées, des exécutions de Leon à ses réactions quand il est touché, et les démembrements sont détaillés : les tentacules des Plagas bougent encore sur les membres coupés. La physique permet même aux ennemis de se blesser entre eux quand ils frappent dans un groupe. Les cartes sont plus vastes et plus peuplées que dans les épisodes précédents, et les visages comme les nouveaux designs des ennemis sont de très haute qualité.

L’intelligence artificielle a été revue. Les arènes ont été modifiées pour éviter les points d’entrée faciles à exploiter, et les Ganados suivent des chemins plus complexes et contournent souvent Leon, même s’il reste possible de les piéger à certains endroits. Les phases avec Ashley sont bien meilleures : on peut lui demander de se rapprocher ou de s’éloigner, et elle n’a plus de barre de vie, elle tombe à terre et c’est à nous de la relever. Le son, enfin, amplifie l’angoisse et change selon l’endroit où l’on se trouve.

Seule vraie déception : l’absence de Separate Ways, la campagne d’Ada Wong présente dans presque toutes les versions de l’original. Vu la quantité de contenu ajoutée à l’histoire de Leon, on ne peut pas trop en vouloir à Capcom, mais elle aurait été la cerise sur le gâteau. Resident Evil 4 Remake reste une expérience exceptionnelle, techniquement remarquable et soignée jusque dans les détails, qui modernise un classique avec un respect rare.

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Plateforme testéePlayStation 5, Xbox Series X
Version / buildSur PS5 et Xbox Series X, mode performance, 2023
Pour qui ?Pour les fans de l'original comme pour ceux qui n'ont jamais mis les pieds dans le village.
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