Pour beaucoup, la saga Resident Evil a connu trois grandes époques. Les quatre premiers épisodes ont créé la légende, puis la série a décliné, jusqu’à son renouveau avec le septième. Ayant suivi la série depuis ses débuts sur PlayStation en 1996, je suis particulièrement ravi de voir un deuxième remake des premiers épisodes canoniques, après celui de Resident Evil premier du nom. Reste à savoir s’il est d’aussi bonne qualité.
Sale jour pour commencer un boulot
Le jeu démarre comme l’original : on choisit Leon S. Kennedy, jeune flic en route pour son premier jour à Raccoon City, ou Claire Redfield, venue chercher son frère Chris. Chaque personnage a sa propre histoire, et les deux se croisent parfois. Les développeurs ont changé certaines choses pour proposer un récit plus complet, mais on retrouve la trame de 1998 et ses petites subtilités : le lance-grenades de Claire, le fusil à pompe de Leon, et les personnages secondaires qui vont avec.
Mes souvenirs de l’original n’étant plus parfaitement clairs, je trouve que Capcom a trouvé un excellent équilibre entre le fan service, la rigidité d’un survival horror de l’époque et le confort moderne. La vue à l’épaule, façon Resident Evil 4, rend le jeu plus vivant et plus angoissant que les caméras fixes et les décors précalculés. Le personnage reste un peu raide, sans excès, ce qui lui donne un petit côté vintage agréable, même s’il gagne de nouveaux gestes, comme glisser une grenade dans la bouche d’un zombie qui essaie de le mordre, avant de tirer dessus.
On remarque tout de suite le soin apporté aux repères des anciens joueurs, malgré l’énorme écart graphique : vingt ans séparent les deux jeux. Par affinité, c’est avec Claire que j’ai mené ce test. Elle arrive à moto dans une station-service près de Raccoon City, et comprend vite que quelque chose cloche, à commencer par les cris qui viennent du bâtiment.
Techniquement au top, mais pas tout le temps
Resident Evil 2 est techniquement superbe : la 4K, le HDR et les 60 images par seconde sur Xbox One X sont un vrai plaisir. Les créatures comme le Licker sont bien plus effrayantes, et la localisation des dégâts sur les zombies est particulièrement réussie. Seul le visage de Claire paraît parfois étrange, voire déformé dans certaines scènes, comme celle du parking du commissariat. En dehors de ce détail, c’est de l’excellent travail, et un très bel écrin pour ce remake.
Côté gameplay, on retrouve les mécanismes du jeu d’origine : un inventaire limité, qui s’agrandit avec les sacoches, et la combinaison de ressources pour créer les fameux mélanges de plantes, ou, plus récemment, des munitions. Les améliorations d’armes sont aussi de la partie, et certaines sont vraiment utiles, comme la crosse du lance-grenades.
L’autre héritage de l’époque, ce sont les allers-retours constants pour ouvrir toutes les pièces du commissariat, principal décor de cet épisode, grâce aux clés pique, carreau, cœur et trèfle, et aux énigmes disséminées un peu partout. Je pensais que ce serait vite rébarbatif, mais on se prend au jeu.
On s’y prend encore plus dans la deuxième partie de la visite du commissariat, après le premier boss, qui ajoute un sérieux facteur de stress (je n’en dirai pas plus pour ceux qui n’ont pas fait l’original). On se cache, on prévoit ses déplacements en silence, et on peste de voir que, comme par hasard, tout le nettoyage réalisé n’a servi à rien. Stressant, mais plaisant. On regrettera seulement que le lore distillé dans les documents ne soit pas plus poussé.
On ne mord pas les gens, même s’ils le demandent !
Côté histoire, ce remake subit de plein fouet l’époque de son écriture : un scénario simple, aux rebondissements un peu tirés par les cheveux, même pour qui n’a jamais fait cet épisode. Les habitués n’apprendront pas grand-chose, et trouveront la dernière partie un peu rapide. Heureusement, le plaisir de rejouer à cette version modernisée compense cette faiblesse, et les amateurs de score et de rejouabilité apprécieront le défi de refaire le jeu plusieurs fois, avec en plus des DLC gratuits prévus.
Cette rejouabilité dépendra bien sûr de votre patience. À l’époque, on n’hésitait pas à recommencer le jeu pour le finir très vite et débloquer le lance-roquettes, comme pour le premier. Aujourd’hui, c’est plus compliqué, parce qu’une nouvelle partie doit aussi montrer autre chose.
Dernier point important, la difficulté. En mode normal, on profite de sauvegardes automatiques et de sauvegardes manuelles sur les célèbres machines à écrire, sans avoir besoin de ruban. En mode Hardcore, on retrouve la difficulté d’époque, avec des ennemis robustes et l’impossibilité de sauvegarder sans ruban. Un régal pour les vieux routards qui ont poncé l’original.
Remake ou remaster, difficile de trancher tant il est un peu des deux : Resident Evil 2 propose une relecture un peu timide mais très agréable d’un ténor du survival horror, dans un écrin moderne et très bien réalisé. Pour les fans, de longue date ou non, c’est un indispensable. Les autres lui trouveront un petit goût d’ancien, presque primitif face aux jeux actuels, mais plaisant, avec une durée de vie honnête et des objectifs annexes qui la rallongent beaucoup pour qui veut tout faire : finir le jeu sans ouvrir le coffre, ou en moins de 14 000 pas. Bref, une valeur sûre.
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