Actu jeu vidéo09/15/2026

Ocarina of Time : arrêtons de crier à l’IA

Quinze minutes de jeu ont été montrées, compressées par une plateforme vidéo, et le verdict est déjà tombé.

Depuis la présentation du 8 septembre, l'essentiel des réactions au remake Ocarina of Time porte sur les visages des personnages.

Par

Devil

Rédacteur chez SpiritGamer

Devil, fondateur de SpiritGamer. Zelda et Halo dans le sang depuis toujours, mais sinon je joue à tout, manette en main ou pas. Si un article vous a fait grincer des dents, c'est probablement le mien.

EN BREF

Ce qu’il faut retenir

Depuis la présentation du 8 septembre, les reproches faits au remake tiennent en trois formules : on dirait de l'IA, un projet amateur sous Unreal Engine 5, des poupées. Quinze minutes de gameplay ont été diffusées, mais personne n'a joué : on juge une vidéo compressée et un souvenir de 1998. Les proportions critiquées sont celles du jeu d'origine, que Nintendo a volontairement gardées. Pendant ce temps, ce qui change réellement le jeu, le saut, la course, la caméra libre et le bourg explorable, n'intéresse personne.

Notre positionOn ne compare pas ce remake à Ocarina of Time, on le compare au souvenir qu'on en a.

Il aura fallu quelques heures. Le temps que la présentation du 8 septembre se termine, et le verdict sur le remake d’Ocarina of Time circulait déjà : les visages ne vont pas, ça fait de l’IA, on dirait un projet amateur sous Unreal Engine 5, Link ressemble à une poupée. Trois formules, répétées des milliers de fois, à partir d’une vidéo de quinze minutes que personne n’a encore eu l’occasion de contredire manette en main.

On voudrait discuter de ces reproches. Le problème, c’est qu’ils ne décrivent rien.

Le mot IA ne veut plus rien dire

Depuis deux ans, tout rendu propre déclenche l’accusation. Un éclairage doux, une peau lisse, une texture sans aspérité : de l’IA. Le mot a remplacé l’argument. Il dispense de dire ce qui ne va pas, où, et pourquoi.

Soyons précis, parce que le sujet mérite mieux que des approximations dans les deux sens. Nintendo n’a jamais déclaré ne pas utiliser d’intelligence artificielle générative. C’est une lecture fautive qui circule depuis l’assemblée générale de juin 2024 : Shuntaro Furukawa y a évoqué les risques liés aux droits de propriété intellectuelle et dit vouloir rester souple face aux évolutions technologiques, tout en affirmant que ce qui fait Nintendo ne peut pas naître de la technologie seule. Ce n’est ni un engagement ni un démenti.

Donc personne, ici, ne peut prouver quoi que ce soit. Et c’est exactement le problème. Accuser un rendu d’être généré parce qu’on le trouve lisse, ce n’est pas une critique, c’est une impression à laquelle on donne le costume d’un fait. Ce qu’on voit sur ces quinze minutes, ce sont des esprits qui flottent entre les arbres de la forêt Kokiri, une écorce sur l’Arbre Mojo, de l’herbe qui se couche. On peut trouver le résultat froid, c’est un avis défendable. Le déclarer sorti d’une machine, sans rien d’autre qu’un ressenti, ça n’en est pas un.

The Legend of Zelda: Ocarina of Time (The Legend of Zelda 40th Anniversary Direct – 08/09/2026)

On compare Ocarina of Time à un souvenir, pas à un jeu

Voilà le vrai mécanisme. Relancez la cartouche N64 d’Ocarina of Time aujourd’hui, sur un écran moderne, sans émulateur qui adoucit tout. Les visages sont des textures plaquées sur des blocs. Les mains sont des moufles. La bouche de Link est un trait. Le bourg d’Hyrule est une succession d’écrans fixes où les passants tournent en rond.

Ce n’est pas un reproche, c’était remarquable en 1998, et ça reste un des plus grands jeux jamais faits. Mais ce n’est pas ce que la mémoire a gardé. La mémoire a nettoyé les arêtes, comblé les visages, ajouté de l’émotion là où il y avait deux pixels. Vingt-huit ans plus tard, le remake se retrouve à devoir ressembler à un jeu qui n’a jamais existé ailleurs que dans nos têtes.

Le reproche n’a pas de sortie

Regardons la critique de près : on reproche au remake d’avoir gardé des proportions de dessin animé sous un rendu moderne. Autrement dit, on lui reproche d’avoir gardé le design d’origine.

Imaginons l’inverse. Nintendo redessine Link, lui donne des proportions réalistes, un visage d’enfant crédible. Quelle aurait été la réaction ? Trahison, on ne reconnaît plus rien, ils ont effacé l’original. On connaît le film, on l’a vu sur d’autres licences.

Garder la silhouette, c’est la poupée. La changer, c’est le sacrilège. Il n’existe aucune version de ce remake qui aurait échappé au procès, et c’est le signe assez net qu’on ne juge pas le travail mais le fait même qu’on y ait touché.

The Legend of Zelda 40th Anniversary Direct – 08/09/2026

Ce dont il faudrait parler à la place

Ce remake pose de vraies questions, et personne ne les pose.

Link saute désormais sur un bouton et court en maintenant la touche. La caméra est libre. Le bourg d’Hyrule s’explore au lieu de s’enchaîner en plans fixes. Le cycle jour-nuit ne se fige plus. Ces changements-là touchent au rythme du jeu, à la façon dont on traverse Hyrule, donc à ce qui fait Ocarina of Time bien plus que la définition d’une texture. Est-ce que la plaine d’Hyrule garde son immensité quand on peut la traverser en courant ? Est-ce que le ciblage Z sert encore à quelque chose avec une caméra libre ? Voilà des sujets.

Il y a aussi les voix. Pendant vingt-huit ans, ces personnages n’ont pas parlé, et le joueur mettait le ton qu’il voulait sur le texte. Le remake leur donne un doublage complet, français inclus. Link excepté : Eiji Aonuma a précisé que seuls les personnages qu’il croise seraient doublés, lui garde le silence qu’il n’a jamais quitté.

C’est un métier que je connais, et je peux dire qu’il n’y a rien d’anodin là-dedans : faire parler un personnage muet depuis trois décennies, c’est trancher à sa place, définitivement, sur son âge, son énergie, sa fragilité. C’est là que ce remake peut gagner ou perdre. Pas sur la forme d’un nez. Et pour une fois la VF est au rendez-vous, ce qui n’a plus rien d’automatique.

Et puis il y a l’ocarina lui-même. Sur sa fiche officielle, Nintendo annonce qu’on pourra jouer les mélodies aux boutons ou les fredonner dans le micro de la Switch 2. L’instrument qui donne son nom au jeu change de mode d’emploi, et personne n’en a dit un mot depuis une semaine.

Rendez-vous le 5 novembre

On jugera manette en main, comme d’habitude. Peut-être que les visages passeront mal en jeu, peut-être que la synchronisation des dialogues sera bancale, et on le dira. Mais on aura joué avant de le dire, sur un écran, pas sur une vidéo réencodée deux fois.

Envie de trancher vous-même avant novembre ? Ocarina of Time est toujours jouable sur Switch, dans le catalogue Nintendo 64 – Nintendo Classics, compris dans l’abonnement Switch Online + Pack additionnel. Une demi-heure dans la forêt Kokiri suffit à savoir si c’est le remake qui a changé, ou vous.

À vous59,99 euros en numérique, 69,99 euros en boîte. Sortie le 5 novembre 2026, en exclusivité Nintendo Switch 2.