Ce qu’il faut retenir
Blizzard sort son action-RPG sur la console portable de Nintendo au prix fort, 69,99 euros et 71,4 Go. Sauf que Diablo IV exige une connexion permanente, y compris pour jouer seul, comme l’indique la fiche Nintendo, et que les serveurs ont lâché le jour du lancement. Deux jours plus tôt, à la BlizzCon, le studio annonçait qu’il n’y aurait plus d’extension et que Diablo V arriverait au printemps 2029.
La Switch 2, on l’emporte. C’est sa raison d’être, et c’est pour ça qu’on l’achète. Dans le train, dans une salle d’attente, chez quelqu’un dont on n’a pas le code wifi.
Diablo IV: Age of Hatred Collection est sorti mardi 15 septembre sur cette console, à 69,99 euros et 71,4 Go à télécharger. Et dans le train, il ne se lance pas. Pas parce qu’il rame, pas parce qu’il chauffe. Parce qu’il exige une connexion permanente aux serveurs de Blizzard, y compris pour jouer seul, sans croiser un seul autre joueur. Ce n’est même pas caché : la fiche Nintendo le dit en une ligne, connexion internet permanente requise.
Ce n’est pas une découverte. Le 3 novembre 2019, à la BlizzCon, la conceptrice principale Angela Del Priore le disait en une phrase : « Nous n’allons pas proposer de mode hors ligne. » (« We are not going to support an offline mode. ») Blizzard l’a assumé depuis. Ce qui change, c’est le support. Sur PC ou sur une console de salon, la connexion permanente est un principe désagréable. Sur une machine conçue pour sortir de la maison, c’est un défaut de fabrication.
Le jour où ça casse
Le jour du lancement était le pire possible pour le démontrer. Le lancement Switch 2 tombait le même jour que Season of Hell’s Legacy, la saison qui célèbre les trente ans de Diablo, avec le retour de Deckard Cain et trois Prime Evils à réaffronter là où on les avait laissés : Diablo sous la cathédrale de Tristram, Baal au sommet d’Arreat, Mephisto dans la Durance de la Haine. Beaucoup de monde au même moment, et des joueurs bloqués à l’écran de connexion, erreur 300008 en boucle.
Blizzard a reconnu le problème et repoussé le lancement de la saison le temps de le régler, avant de la rouvrir dans la journée, avec une partie des fonctions encore indisponibles. Pris isolément, l’incident n’a rien d’extraordinaire : un lancement chargé, des serveurs qui saturent, une correction dans la foulée. Ironie du calendrier, parmi les fonctions encore fermées à la réouverture figurait le Solo Self-Found, le mode pensé pour ceux qui jouent seuls.
Le problème n’est pas la panne. Le problème, c’est qu’une panne de serveur puisse empêcher quelqu’un de jouer en solitaire à un jeu qu’il a payé soixante-dix euros et dont les 71 gigaoctets dorment déjà sur sa console.
Ce qui s’est dit deux jours plus tôt
Le calendrier n’arrange rien. Les 12 et 13 septembre, Blizzard tenait sa BlizzCon, et deux annonces concernent directement le jeu mis en vente le surlendemain. Diablo V sortira au printemps 2029. Et Diablo IV n’aura plus d’extension : interrogé par PC Gamer, le directeur du jeu Brent Gibson explique que les équipes se concentrent désormais sur les saisons et sur la transition vers le prochain épisode. « Nous estimons avoir raconté l’histoire de la Haine. » (« We feel like we told the Story of Hatred. »)
Le jeu n’est pas abandonné pour autant, et il faut le dire. Les saisons continuent, une classe Amazone est annoncée pour la première moitié de 2027, et le récit servira de pont vers Diablo V. Gibson promet un support de longue durée, sans jamais avancer de chiffre.
Reste que sur un jeu qui ne démarre pas sans serveur, la question de la durée n’a rien de rhétorique. Un disque solo ne la pose jamais. Une installation qui exige une connexion, si.
Blizzard sait faire autrement
Et c’est là que l’argument technique s’écroule, sur un exemple que Blizzard a fourni lui-même. Pour prouver qu’il sait soutenir un jeu longtemps, Gibson cite Diablo II Resurrected, qui a reçu une nouvelle classe cette année. C’est-à-dire le seul Diablo de son catalogue à proposer un mode hors ligne. On lance, on joue, on ne demande rien à personne, et le jour où les serveurs s’arrêteront, il fonctionnera toujours. Le studio maîtrise donc parfaitement la chose : il a simplement choisi de ne pas la proposer sur Diablo IV.
Les raisons existent, et elles sont défendables du point de vue de l’éditeur. Un monde partagé, une économie d’objets à protéger, du contenu saisonnier qui vit sur les serveurs. Mais aucune de ces raisons n’exige que la campagne solo, jouée seul dans un wagon, passe par un serveur.
La contrepartie de l’always-online, on la connaît aussi : le jour où Blizzard décidera d’éteindre ces serveurs, les copies vendues cette semaine ne lanceront plus rien. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est arrivé à d’autres jeux avant.
Ce qu’on demande
Rien d’extravagant. Un mode solo hors ligne pour la campagne, comme sur Diablo II Resurrected, quitte à ce que les personnages concernés soient séparés des saisons et du commerce. Ceux qui veulent le monde partagé continuent comme avant. Ceux qui ont acheté une console portable peuvent l’utiliser comme telle.
Tant que ce n’est pas le cas, une sortie sur Switch 2 n’est pas une sortie sur console portable. C’est une sortie sur une petite console de salon qu’on a le droit de déplacer, à condition que le wifi suive.
