Actualité31/10/2026

PUBG est sorti d’une chambre en Irlande

Un serveur relancé à la main en Irlande, une poêle mal copiée, un poulet d’Arma 2 : PUBG est né loin de Séoul.

Avant sa série Netflix, PUBG a été un mod bricolé par Brendan Greene dans sa chambre en Irlande, puis un pari de Bluehole en Corée du Sud en 2016.

Par

Devil

Directeur

Devil, fondateur de SpiritGamer. Zelda et Halo dans le sang depuis toujours, mais sinon je joue à tout, manette en main ou pas. Si un article vous a fait grincer des dents, c'est probablement le mien.

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EN BREF

Ce qu’il faut retenir

PUBG vient de quatre ans de mods de Brendan Greene sur Arma 2 et Arma 3, d’un concours de Bohemia Interactive et d’une licence non exclusive cédée pour H1Z1. La zone, l’avion du départ, la vue à la troisième personne et le « chicken dinner » datent tous de cette période. Bluehole lui a donné une équipe en Corée du Sud, et l’accès anticipé a suivi un an plus tard.

Légendes, notre rubrique sur la naissance des grands jeux. On remonte aux témoignages de ceux qui les ont créés, sources datées à l’appui.

Avant de lancer la mode du battle royale, PUBG a été un mod qu’un Irlandais sans emploi faisait tourner depuis sa chambre d’enfance. Sa zone bleue figure déjà dans un concours de mods de 2015, sa poêle d’un souvenir de film inexact, et sa phrase de victoire vient d’un serveur d’Arma 2.

Ce jeu va avoir sa série. Le 30 octobre 2026, KRAFTON a annoncé une adaptation en prises de vues réelles chez Netflix, réalisée, écrite et portée par Donald Glover. Avant de voir des comédiens sauter d’un avion au-dessus d’Erangel, on revient à l’endroit d’où tout est parti.

Les joueurs de la première heure connaissent une partie de ces histoires. Brendan Greene, alias PlayerUnknown, les a racontées lui-même : à Bohemia Interactive en 2015, à la presse pendant l’accès anticipé, puis en mars 2018 à San Francisco, dans sa conférence de la GDC « PLAYERUNKNOWN: From Mod Creator to Creative Director of PUBG ». On les rassemble ici pour ceux qui sont arrivés avec la version gratuite, et pour ceux qui ont ramassé leur première poêle au printemps 2017.

Photo : Game Developers Conference, Wikimedia Commons, CC BY 2.5
Brendan Greene, alias PlayerUnknown, à la Game Developers Conference de San Francisco en mars 2018.
Les premières images de PUBG : une partie de l’alpha, mise en ligne par le studio le 3 septembre 2016 (sans dialogue)

Six ans au Brésil, puis la chambre d’enfance

Avant les jeux, Brendan Greene a vécu six ans au Brésil, de la photo et du graphisme. Il le raconte dans un entretien publié par Bohemia Interactive pour le concours Make Arma Not War de 2015. Rentré en Irlande, sans travail, il s’installe dans sa chambre d’enfance et y passe ses journées sur son PC.

« J’étais un peu coincé dans ma chambre, à travailler et à jouer » (« I was kind of stuck in my bedroom, basically working and playing games »), a-t-il confié à CNBC en avril 2019. Dans le même entretien, il raconte être allé expliquer à son conseiller du chômage ce qu’il fabriquait toute la journée.

Un serveur DayZ relancé à la main

Le déclic arrive sur DayZ, le mod de survie d’Arma 2, vers 2013. Greene y joue avec son clan, mais les tournois Survivor GameZ se font sur invitation et on ne l’invite pas. Il ouvre donc son propre serveur et en retire la survie : des joueurs lâchés sur la carte, un seul qui reste debout. Le nom vient de Battle Royale, le roman de Koushun Takami adapté au cinéma en 2000.

Les premiers jours, faute de code pour lancer les parties tout seul, il redémarre le serveur à la main, deux jours d’affilée, a-t-il raconté à la GDC d’après le compte rendu de PC Games Hardware du 26 mars 2018. Il n’a jamais revendiqué le principe : « Je n’ai pas inventé l’idée du dernier survivant » (« I didn’t invent the idea of last man standing »), disait-il à Vice en mai 2020.

Le cercle bleu de Ghost Hotel

Le mod passe ensuite sur Arma 3 et y gagne l’avion du départ. En janvier 2015, PC Gamer le crédite de plus de 200 000 téléchargements. Le streamer Lirik y joue pendant près d’un an, et Greene comprend, dit-il à Vice, qu’il tient quelque chose. Bohemia garde encore des captures de ce mod sur le site officiel d’Arma 3.

Image : Bohemia Interactive, site officiel d’Arma 3
Le mod PLAYERUNKNOWN’S Battle Royale sur Arma 3 annonçait déjà le déclenchement de la zone rouge.

En 2015, sa variante Battle Royale: Ghost Hotel finit deuxième de la catégorie multijoueur de Make Arma Not War, le concours de mods de Bohemia. La fiche du mod décrit jusqu’à 30 joueurs et un cercle bleu qui resserre la partie en 20 minutes. C’est la plus ancienne trace officielle de la zone bleue qu’on ait retrouvée.

Une licence non exclusive pour H1Z1

Peu avant Noël 2014, Sony Online Entertainment, futur Daybreak, appelle Greene. Le studio prend une licence de son mode pour H1Z1, qui deviendra King of the Kill, et l’embauche comme consultant. Le détail qui pèsera le plus se lit dans PC Gamer le 21 janvier 2015 : « Le plus beau dans cette licence, c’est qu’elle n’est pas exclusive » (« The greatest thing about the license is that it’s non-exclusive »).

Rien ne l’empêche donc de refaire son concept ailleurs. Devant la GDC, il racontera que les développeurs de H1Z1 avaient une autre direction en tête, et que son contrat s’est arrêté là.

Un mail de Corée, la veille de ses 40 ans

Chez Bluehole, en Corée du Sud, Chang-han Kim pense à un battle royale depuis dix ans, d’après le récit de la GDC. Il écrit à Greene. Après un premier voyage sous la neige, l’Irlandais s’installe en Corée la veille de ses 40 ans. « Deux semaines plus tard, j’étais à l’heure coréenne et on commençait » (« two weeks later I was on Korean time and we started development »), racontait-il à PC Gamer en juin 2017.

Le jeu est annoncé le 30 juin 2016, sur Unreal Engine 4, avec Greene en directeur créatif et Kim en directeur de production. L’équipe compte une vingtaine de personnes au départ, environ 35 un an plus tard. L’île d’Erangel sort de ses dessins : « Nous avons construit le terrain de l’île à partir de simples croquis que j’avais faits » (« We built island terrain based on simple sketches that I created »), écrit-il dans un texte publié par Game Developer en avril 2017.

La troisième personne, à cause d’un grognement

PUBG s’est d’abord joué à la troisième personne, la vue qui permet de regarder par-dessus un muret sans montrer la tête, et la raison est sonore. Sur Arma 3, explique Greene à Eurogamer en juillet 2017, « la vue à la première personne avait un grognement que je n’aimais pas » (« in Arma 3 first-person there was a grunting noise I didn’t like »). L’anecdote est résumée dans un article de Game Developer du 26 juillet 2017.

Une poêle pour un couvercle de casserole

La poêle devait être un clin d’œil au film Battle Royale. Une fois l’objet dans le jeu, Greene s’aperçoit que le film montre en fait un couvercle de casserole, raconte-t-il à Eurogamer dans un entretien repris par Game Developer le 25 octobre 2017. La poêle reste. Avec le programmeur principal Marek Krasowski, il lui donne une collision pour renvoyer les grenades.

La suite, personne ne l’avait prévue : portée dans le dos, la poêle arrête aussi les balles. « On n’avait pas compris qu’elle protégerait des balles » (« We didn’t realize it would protect against bullets »), reconnaît Greene.

Un poulet servi depuis Arma 2

La phrase « Winner winner chicken dinner », affichée à chaque victoire, n’a pas été écrite pour PUBG. Greene l’a précisé par écrit à Kotaku en juillet 2017 : elle accompagne ses modes depuis le Battle Royale de DayZ sur Arma 2, et l’équipe l’a gardée parce qu’elle « fait partie du mode de jeu depuis quatre ans » (« it has become part of the game mode over the last 4 years »).

Image : KRAFTON, fiche Steam officielle
Un poulet gonflable géant sur l’une des cartes actuelles de PUBG: Battlegrounds.

Il n’a jamais donné d’autre origine, sinon qu’il a toujours aimé l’expression (Pedestrian.tv, octobre 2017). Le rapprochement avec les casinos de Las Vegas, où elle circule depuis longtemps, est venu des commentateurs ; Greene ne l’a jamais fait.

Un million de joueurs en seize jours

L’accès anticipé ouvre sur Steam le 23 mars 2017. Greene voulait arriver avec un jeu stable, après des tests alpha et bêta d’un mois. Le 10 avril, Bluehole annonce plus d’un million d’exemplaires vendus en seize jours, et Guinness World Records enregistre le cap, franchi le 8 avril 2017, comme le plus rapide pour un accès anticipé sur Steam.

La version finale suit en décembre 2017. Le jeu devient gratuit le 12 janvier 2022, comme l’annonce PUBG sur son site.

Celui qui saute aujourd’hui en parachute sur Erangel sans avoir payé le jeu gagne encore son « chicken dinner » comme les joueurs du serveur Arma 2 que Greene redémarrait à la main. Et s’il court vers la zone avec une poêle accrochée dans le dos, il se protège avec un couvercle de casserole mal retenu, devenu une armure.

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À vousPUBG: Battlegrounds est gratuit sur PC (Steam), PS5 et Xbox Series X|S. La série Netflix de Donald Glover n’a pas encore de date de sortie.
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