Actu jeu vidéo11/10/2026

Call of Duty : pourquoi on y revient toujours

Tout le monde râle contre Call of Duty, et des millions de joueurs achèteront Modern Warfare 4. Pourquoi ?

De Medal of Honor à Modern Warfare 4 : pourquoi Call of Duty tient depuis vingt ans, et pourquoi il lasse de plus en plus.

Par

Devil

Directeur

Devil, fondateur de SpiritGamer. Zelda et Halo dans le sang depuis toujours, mais sinon je joue à tout, manette en main ou pas. Si un article vous a fait grincer des dents, c'est probablement le mien.

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EN BREF

Ce qu’il faut retenir

Call of Duty est né en 2003 d'une équipe partie de Medal of Honor après un conflit avec EA. Il tient depuis grâce à un rendez-vous annuel, au prix de calendriers serrés et de cartes recyclées, comme pour Modern Warfare III en 2023. Battlefield 6 l'a dépassé aux États-Unis en 2025, Microsoft l'a retiré du Game Pass à la sortie et la triche est devenue une industrie. Modern Warfare 4 sort le 23 octobre à 79,99 euros.

Call of Duty: Modern Warfare 4 sort le 23 octobre 2026 sur PS5, Xbox Series X|S, PC et Switch 2. C’est le premier épisode depuis que Battlefield a battu Call of Duty sur une année entière, et le premier depuis deux ans qu’il faudra payer plein pot sur Xbox, Game Pass ou pas. Tout le monde râle contre Call of Duty, et des millions de joueurs vont quand même l’acheter. J’ai voulu comprendre pourquoi.

Je suis joueur avant d’être rédacteur, et Call of Duty me fout les boules. Le jeu est bon, les sensations de tir sont là, mais la communauté me fatigue. Je ne parle pas des campeurs. Ceux-là m’agacent comme tout le monde, mais à la guerre, personne ne court au milieu de la carte en criant « je suis là » avant d’arroser dans tous les sens. Se planquer fait partie du jeu. Et puis chacun joue comme il l’entend. Le joueur a payé son jeu : il prend les armes qu’il veut, il joue comme il veut, et s’il préfère rester planqué dans un coin, c’est son choix et son argent. Personne n’a à lui dire comment jouer. Je préfère mille fois un campeur à un tricheur. Le campeur, on finit par le déloger : à force de connaître les cartes, on sait où il se cache et par où le prendre à revers. Le tricheur, quoi qu’on fasse, on l’a dans l’os.

Je n’ai jamais compris ce qu’on gagne à finir une partie avec un logiciel qui vise à sa place. Et j’ai l’impression, épisode après épisode, que Call of Duty perd un peu de son âme. Pourtant, ce jeu dont tout le monde se plaint reste en tête des ventes presque chaque automne. Pour comprendre, il faut remonter avant sa naissance.

Au départ, une dispute avec EA

Avant Call of Duty, le jeu de guerre de référence s’appelait Medal of Honor. Steven Spielberg en a eu l’idée en 1997, pendant le tournage d’Il faut sauver le soldat Ryan, et le premier épisode sort sur PlayStation en 1999 chez EA. Sur PC, Allied Assault arrive en janvier 2002 et met tout le monde d’accord.

Pourquoi ses créateurs sont-ils partis faire un autre jeu ? Allied Assault a été développé par un studio indépendant, 2015, pour le compte d’EA. Après le succès du jeu, EA veut récupérer l’équipe. Vince Zampella, l’un des responsables du projet, l’a raconté en 2016 au site IGN : l’éditeur voulait ramener la série en interne et a essayé de leur forcer la main. Ils ont refusé. En 2025, dans une interview au magazine GQ, il allait plus loin : selon lui, Call of Duty n’existe que parce qu’EA s’est mal comporté avec eux.

Activision saisit l’occasion. D’après le journaliste Dean Takahashi, son patron Bobby Kotick voulait son propre jeu de guerre. Activision finance en 2002 le studio que fondent Zampella, Jason West et Grant Collier avec une bonne partie de l’équipe d’Allied Assault : Infinity Ward. Call of Duty sort le 29 octobre 2003 sur PC. Le communiqué d’Activision le résume en une idée : des soldats ordinaires qui se battent ensemble, en escouade, dans des campagnes américaine, britannique et russe. Il est élu jeu de l’année aux Interactive Achievement Awards en 2004.

Medal of Honor continue sans ceux qui l’avaient fait briller, et ça se voit. Rising Sun, fin 2003, obtient entre 65 et 68 sur Metacritic, loin des 91 d’Allied Assault. Les épisodes suivants remontent un peu sans jamais retrouver ce niveau. En 2010, EA relance la série dans un cadre moderne, sur le terrain de Modern Warfare, et en vend 5 millions d’exemplaires d’après l’éditeur. Warfighter, en 2012, tombe entre 53 et 55. Le patron d’EA de l’époque, John Riccitiello, reconnaît un lancement « en dessous des attentes ».

Le 30 janvier 2013, lors d’une présentation financière, Peter Moore, directeur des opérations d’EA, annonce que la série sort de la « rotation » de l’éditeur. Dans la même intervention, il dit vouloir une continuité « d’une année sur l’autre » pour ses jeux de tir. Autrement dit, EA voulait son rendez-vous annuel, comme Call of Duty. Depuis, il n’y a eu qu’un épisode en réalité virtuelle, en 2020, développé par Respawn. Ce studio a été fondé en 2010 par Zampella et West après leur renvoi par Activision : EA a racheté Respawn en 2017, et les créateurs de Call of Duty ont fini par refaire un Medal of Honor.

Medal of Honor: Above and Beyond, le retour de la série en réalité virtuelle, développé par Respawn (2020). Bande-annonce de lancement en VO.

Ce que je retiens de cette histoire, c’est que Medal of Honor a perdu son équipe dans un conflit avec son éditeur. Il a ensuite passé dix ans à courir derrière le jeu que cette équipe avait créé ailleurs. Quand on accuse les développeurs, on oublie souvent ce genre d’histoire.

Un épisode par an, et une âme qui s’use

C’est la première force de Call of Duty : la régularité. Depuis le milieu des années 2000, un épisode sort presque chaque automne, et on sait d’avance qu’on pourra jouer avec ses amis à la rentrée. En 2020, Activision ajoute Warzone, une bataille royale gratuite qui ouvre la porte à ceux qui ne veulent pas payer. Elle a dépassé les 100 millions de joueurs dès avril 2021, selon le blog officiel de Call of Duty, qui annonçait au même moment plus de 400 millions de jeux vendus pour la licence.

Le reste en découle. Un jeu auquel tous vos amis jouent est un jeu auquel vous jouerez aussi, même en le critiquant.

Sortir un Call of Duty chaque automne demande une organisation : plusieurs studios se relaient (Infinity Ward, Treyarch, puis Sledgehammer Games), chacun avec plusieurs années devant lui. En 2014, en présentant Advanced Warfare, le patron d’Activision Eric Hirshberg parlait de leur premier « cycle de développement de trois ans ». C’est la règle sur le papier.

Modern Warfare III, en 2023, montre ce qui se passe quand elle saute. D’après une enquête de Jason Schreier pour Bloomberg, publiée le 9 novembre 2023, le jeu devait d’abord être une extension de Modern Warfare II. Il serait devenu un épisode complet quand un autre projet a pris du retard. Sledgehammer l’aurait développé en moins d’un an et demi, avec des soirées et des week-ends travaillés. Activision et le studio ont démenti l’histoire de l’extension. Le jeu est sorti le 10 novembre 2023 avec seize cartes de Modern Warfare 2 (2009) remises au goût du jour, de Rust à Terminal en passant par Favela, comme l’annonçait le blog officiel.

Un épisode par an, c’est une décision d’éditeur. Ce n’est pas le développeur qui choisit de sortir un jeu en moins d’un an et demi au lieu de trois ans, ni de reprendre des cartes pour boucler le contenu. Ce calendrier, il est fixé par une entreprise qui rend des comptes à ses actionnaires tous les trimestres. Quand un épisode sent le réchauffé, je regarde d’abord le calendrier qu’on lui a imposé.

Le recyclage ne date pas de 2023. Nuketown, la petite carte en lotissement de Black Ops (2010), revient dans presque chaque Black Ops depuis. Shipment, apparue dans Modern Warfare en 2007, ressort régulièrement. Je comprends que les joueurs les réclament. Mais une carte qu’on connaît par cœur ne surprend plus personne.

Modern Warfare 4 fait un effort : il sort avec douze cartes en 6 contre 6 aux noms inédits, d’après le blog de Call of Duty du 21 août 2026. Shipment a quand même été aperçue dans une bande-annonce, sans date de retour.

Plus les épisodes passent, plus j’ai le sentiment que Call of Duty perd ce qui le rendait unique. En 2003, le jeu racontait des soldats ordinaires dans une escouade, à Stalingrad comme en Normandie. En 2007, Modern Warfare a changé le multijoueur avec les classes personnalisées, les atouts et les séries d’éliminations, un système qui sert encore de base aujourd’hui.

Dire que rien ne bouge serait faux. Advanced Warfare a donné un exosquelette aux soldats en 2014, Black Ops III a ajouté la course sur les murs en 2015, et Black Ops 6 permet depuis 2024 de sprinter, glisser et plonger dans toutes les directions. Le cœur, lui, ne change pas : les mêmes modes, les mêmes séries, souvent les mêmes cartes, la même communauté. On passe de la Seconde Guerre mondiale au futur, puis au présent, et j’ai l’impression que c’est surtout le décor qui change. Activision ne prend pas de risque avec la formule, parce que la formule se vend. Le revers, c’est qu’on finit par acheter le même jeu chaque automne.

Call of Duty: Modern Warfare 4, bande-annonce de la campagne en VF.

En 2025, le rendez-vous vacille

Call of Duty a été le jeu le plus vendu de l’année aux États-Unis presque chaque année depuis la fin des années 2000, d’après les classements du cabinet Circana. En 2025, la série tombe de son trône. Battlefield 6 sort le 10 octobre 2025. EA le présente dans ses résultats de février 2026 comme le jeu de tir le plus vendu de 2025. Aux États-Unis, d’après Mat Piscatella, analyste chez Circana, il termine premier de l’année, tandis que Black Ops 7, sorti le 14 novembre 2025, n’arrive que cinquième. C’est la première fois qu’un Battlefield bat Call of Duty sur une année entière. Et l’homme qui dirigeait Battlefield chez EA s’appelait Vince Zampella, celui-là même qui avait quitté EA vingt ans plus tôt pour créer Call of Duty. Il n’a pas vu la fin de cette année-là : il est mort dans un accident de voiture le 21 décembre 2025.

Le choc est assez fort pour que l’équipe de Call of Duty le reconnaisse. Le 9 décembre 2025, elle écrit sur son compte officiel que la licence n’a « pas pleinement répondu aux attentes » d’une partie des joueurs, et promet de ne plus sortir deux Modern Warfare ou deux Black Ops coup sur coup. Black Ops 7 était sorti un an à peine après Black Ops 6.

Il y a un autre élément. Microsoft a racheté Activision Blizzard en octobre 2023, pour 68,7 milliards de dollars. Un an plus tard, Black Ops 6 devient le premier Call of Duty disponible dans le Game Pass dès sa sortie, et Black Ops 7 suit le même chemin. Pour l’abonné, c’est une aubaine. Pour l’éditeur, chaque joueur qui l’a dans son abonnement est un jeu à près de 80 euros qu’il n’achète pas.

Le 21 avril 2026, Microsoft fait marche arrière : les prochains Call of Duty n’entreront plus dans le Game Pass à leur sortie, mais environ un an plus tard. L’annonce parle de « retours » des joueurs et s’accompagne d’une baisse du prix de l’abonnement aux États-Unis. Elle ne parle pas d’argent.

Je pense que l’argent est la vraie raison, et que mettre Call of Duty dans le Game Pass a coûté cher. Aucun chiffre officiel ne le prouve. Mat Piscatella estimait même, fin 2024, que le Game Pass n’avait pas provoqué d’effondrement des ventes de Black Ops 6, les achats glissant surtout vers PlayStation. Mais quand un éditeur retire son jeu phare d’un abonnement qu’il présentait comme l’avenir, ce n’est pas pour faire plaisir aux joueurs.

La triche, une industrie qui vit de nos parties

Reste la triche, ce qui m’a lancé dans ce dossier. Pourquoi tricher ? La réponse la plus nette vient d’Activision. Dans un bilan publié le 18 septembre 2026, l’équipe de l’anti-triche Ricochet décrit un vrai marché. Un abonnement à une triche coûte en moyenne une quarantaine de dollars par mois, plus de 100 dollars pour les versions haut de gamme, et la facture dépasse 1 000 dollars par an une fois ajoutés les outils pour contourner les bannissements. Le texte cite une estimation selon laquelle la triche, avec la revente de comptes, pèserait environ 8,5 milliards de dollars par an.

Le tricheur, lui, paie pour une satisfaction rapide, ce que le même texte appelle un coup de boost d’ego temporaire. Derrière lui, des vendeurs en vivent. En 2024, Activision a obtenu d’un tribunal fédéral de Californie 14,5 millions de dollars de dommages contre un éditeur de triches allemand, qui ne s’était même pas présenté au procès. Rien que le mois précédant son bilan, Ricochet affirme avoir posé plus de 70 000 bannissements matériels.

Ces chiffres ne disent pas que le problème est réglé, et la bêta de Modern Warfare 4 l’a montré. Le 21 août 2026, jour d’ouverture de l’accès anticipé, Call of Duty annonçait Ricochet actif dès le premier jour, et le blog officiel rendait TPM 2.0 et Secure Boot obligatoires sur PC, deux protections de Windows censées compliquer la vie des logiciels de triche. Dès le premier soir, le compte esport Breaking Point signalait des tricheurs en partie. Je les ai croisés moi aussi. Un joueur qui me tue à travers deux bâtiments. Un autre qui sort d’une glissade sans même m’avoir vu et m’a déjà abattu, la visée collée sur moi toute seule. Une semaine plus tard, le bilan de Call of Duty parlait d’un taux d’infection « plus bas » et de nouvelles détections déployées pendant le week-end. Sans chiffre, et sans dire plus bas que quoi.

Comment une triche peut-elle passer dès une bêta ? Activision avait donné la réponse un an plus tôt, avant celle de Black Ops 7. Dans un billet du 29 septembre 2025, l’équipe Ricochet expliquait que ses nouveautés ne seraient pleinement actives qu’à la sortie du jeu, et que ses détections seraient activées au fil de la bêta pour ne pas donner d’avance aux fabricants de triches. Les tricheurs allaient tester les limites, écrivait-elle, et c’était « exactement ce qu’on veut » : les observer pour mieux les attraper. Une bêta sert donc aussi de terrain d’essai à l’anti-triche, et ce sont les joueurs honnêtes qui en paient les parties gâchées. Le réglage peut aussi rater dans l’autre sens : début septembre 2026, FormaL, champion du monde de Call of Duty, a été banni à tort en plein live avant d’être rétabli. « La bêta est aussi un test pour nos équipes », a répondu Call of Duty.

Pour les joueurs honnêtes, la facture se paie aussi sur la durée. Dans une enquête Irdeto menée avec YouGov en 2018 auprès de près de 6 000 joueurs, 77 % disaient qu’ils arrêteraient un jeu s’ils pensaient que d’autres y trichent, et 12 % avouaient tricher régulièrement. La triche ne gâche pas seulement une partie, elle pousse les autres vers la sortie.

Pourquoi on y retourne quand même

Toutes ces pièces s’emboîtent. Call of Duty n’a jamais vendu seulement un jeu : il vend un rendez-vous, avec les mêmes amis, chaque automne, sur toutes les consoles. On râle contre les tricheurs et contre le prix, mais on reste, parce que c’est là que joue tout le monde. Battlefield a prouvé en 2025 que ce rendez-vous n’est pas acquis. Quand la licence lasse, les joueurs savent partir.

Le 23 octobre, Modern Warfare 4 coûtera 79,99 euros en édition standard, sur le Microsoft Store comme sur le PlayStation Store, et aucun abonnement ne permettra d’y jouer le premier jour. Les abonnés Game Pass, qui avaient eu Black Ops 6 et Black Ops 7 dès leur sortie, devront cette fois passer à la caisse comme tout le monde.

À vousModern Warfare 4 sort le 23 octobre 2026 sur PS5, Xbox Series, PC et Switch 2, à 79,99 euros en édition standard. Il arrivera dans le Game Pass environ un an plus tard.