Ce qu’il faut retenir
GTA VI sort le 19 novembre 2026 avec deux nouveaux héros, Jason et Lucia, dont l'histoire n'en prolonge aucune autre : aucun ancien épisode n'est nécessaire. Rockstar sépare sa saga en univers, si bien que la Vice City de GTA VI est une ville refaite, pas celle de 1986. Aucun retour de Trevor, Michael ou Franklin dans la campagne n'est confirmé, et GTA V reste le meilleur jeu pour se préparer.
GTA VI sort le 19 novembre 2026 sur PS5 et Xbox Series X|S, d’après sa page officielle, avec deux héros jamais vus, Jason Duval et Lucia Caminos, et un retour à Vice City. En ce début octobre, une discussion sur Reddit a retenu mon attention : des joueurs y demandaient s’il fallait avoir fait les anciens épisodes pour comprendre GTA VI, et s’il existe un lien entre les jeux. Derrière viennent d’autres questions. Trevor, Michael ou Franklin vont-ils revenir ? Pourquoi Vice City porte-t-elle le même nom qu’en 2002 sans lui ressembler ?
Ce dossier s’adresse d’abord à ceux pour qui GTA VI sera le premier. Les anciens y trouveront aussi leur compte, car certains ne connaissent la série que par GTA V et GTA Online, sans jamais avoir lancé Vice City ou San Andreas. On essaie de tout poser ici : la réponse tient à la façon dont Rockstar construit sa saga depuis bientôt trente ans, et elle dit déjà beaucoup de ce qui attend Jason et Lucia.
Une saga qui raconte plusieurs histoires plutôt qu’une seule
Contrairement aux séries qui suivent un même héros pendant plusieurs épisodes, Grand Theft Auto change de héros, de ville et d’époque presque à chaque jeu.
Les premiers épisodes, vus du ciel, posent les noms. Le premier Grand Theft Auto sort fin 1997 et visite déjà Liberty City, San Andreas et Vice City. Deux extensions partent à Londres en 1999 (London 1969, puis London 1961, distribuée gratuitement sur PC), et GTA 2 arrive la même année dans Anywhere City, une ville sans modèle réel.
C’est avec GTA III, en 2001, que la série trouve son visage actuel. On y incarne Claude, un braqueur trahi par sa complice Catalina et laissé pour mort, qui gravit ensuite les échelons de la pègre de Liberty City. Un an plus tard, Vice City recule dans les années 1980 : Tommy Vercetti, envoyé à Vice City par la famille Forelli après un long séjour en prison de haute sécurité, se retrouve sans argent ni marchandise quand une transaction tourne mal, et finit par bâtir son propre empire.
En 2004, San Andreas présente Carl Johnson, dit CJ. Nous sommes au début des années 1990 : CJ rentre à Los Santos après le meurtre de sa mère, et retrouve une famille déchirée et un quartier rongé par les gangs. Son aventure l’emmène dans tout l’État, de Los Santos à San Fierro et Las Venturas.
Trois héros, trois époques, trois ambiances. Et un ordre de sortie qui n’a rien à voir avec l’ordre des histoires, comme le montre le tableau.
| Jeu | Sortie | L’histoire se passe en |
|---|---|---|
| Univers 2D, les débuts vus du ciel | ||
| Grand Theft Auto : London 1961 | 1999 | 1961 |
| Grand Theft Auto : London 1969 | 1999 | 1969 |
| Grand Theft Auto | 1997 | Non précisée |
| Grand Theft Auto 2 | 1999 | Non précisée |
| Univers 3D, l’ère PlayStation 2 | ||
| Vice City Stories | 2006 | 1984 |
| Vice City | 2002 | Années 1980 |
| San Andreas | 2004 | Début des années 1990 |
| Liberty City Stories | 2005 | 1998 |
| GTA Advance | 2004 | 2000 |
| GTA III | 2001 | 2001 |
| Univers HD, de GTA IV à GTA Online | ||
| GTA IV, The Lost and Damned, The Ballad of Gay Tony | 2008 et 2009 | 2008 |
| Chinatown Wars | 2009 | 2009 |
| GTA V | 2013 | 2013, prologue en 2004 |
| GTA Online | 2013 | De 2013 à aujourd’hui |
| Et maintenant | ||
| GTA VI | 19 novembre 2026 | Époque actuelle |
Les jeux sont classés par univers, puis dans l’ordre de leur histoire. Les univers suivent le découpage employé par les joueurs. Quand Rockstar ne donne pas d’année officielle, c’est celle qu’indique le jeu lui-même.
Bien plus que de la conduite, dès 1997
Dès 1997, GTA ne se résume pas à la voiture. On marche, on vole n’importe quel véhicule, on tire au pistolet, à la mitrailleuse ou au lance-flammes, et la caméra suit l’action vue du ciel. Les missions tombent quand on décroche une cabine téléphonique qui sonne. Pour finir un niveau du premier GTA, il ne suffit pas de les réussir : il faut atteindre un score, un million de points pour le premier, que chaque mission réussie fait grimper plus vite grâce à un multiplicateur, et que la mort ou l’arrestation font retomber.
GTA 2 ajoute en 1999 une idée qui annonce la suite : le respect. Chaque quartier d’Anywhere City compte trois gangs, et travailler pour l’un fait monter sa cote tout en braquant son rival, qui se met à vous tirer dessus. On sauvegarde dans une église, à condition de payer.
La 3D change tout à partir de GTA III, puis chaque épisode ajoute sa couche. Vice City permet d’acheter des commerces qui rapportent de l’argent. San Andreas transforme CJ en personnage à entretenir : il faut le nourrir, il prend du muscle à la salle, et des écoles de conduite font progresser ses compétences au volant, en moto, en bateau et en avion, comme le rappelle l’aide officielle de Rockstar. On y trouve aussi bien un BMX qu’un avion de chasse.
GTA IV met un téléphone portable dans la poche de Niko et donne aux corps une physique bien plus crédible, avec le moteur Euphoria de NaturalMotion. GTA V permet de passer d’un héros à l’autre à tout moment et de préparer de vrais braquages, selon le communiqué de Take-Two du 17 septembre 2013, et GTA Online ouvre Los Santos à plusieurs joueurs dès le 1er octobre 2013. GTA VI reprend l’idée de plusieurs héros avec un duo, Jason et Lucia. Rockstar n’a pas encore détaillé ce que leur jeu change à la formule.
Les liens cachés entre GTA III, Vice City et San Andreas
Les scénarios sont indépendants, mais Rockstar fait circuler des personnages d’un jeu à l’autre. Dans San Andreas, CJ croise Catalina et Claude, bien avant les événements de GTA III. San Andreas, sorti après GTA III, montre donc une partie du passé de deux personnages que les joueurs connaissaient déjà.
L’avocat Ken Rosenberg, associé de Tommy Vercetti dans Vice City, refait surface dans San Andreas dans une situation bien moins glorieuse. Salvatore Leone, parrain de la mafia dans GTA III, y joue aussi un rôle. Trois épisodes portables complètent cet ensemble : GTA Advance sur Game Boy Advance, Liberty City Stories et Vice City Stories sur PSP, qui remontent respectivement à 2000, 1998 et 1984.
Aucune de ces apparitions n’est indispensable : on peut terminer San Andreas sans avoir touché à GTA III. Elles récompensent les fidèles sans fermer la porte aux nouveaux venus, et c’est exactement le contrat que GTA VI semble reprendre.
GTA IV repart de zéro, et GTA VI en hérite
En 2008, GTA IV change la donne. Niko Bellic, fraîchement débarqué d’Europe de l’Est, rejoint son cousin Roman à Liberty City avec l’espoir d’une vie meilleure, et le ton devient plus sombre, plus réaliste. En 2009, Chinatown Wars ramène la série sur Nintendo DS, dans cette même Liberty City, avec un nouveau héros, Huang Lee, et une vue plongeante qui rappelle les premiers épisodes.
Le changement ne tient pas qu’à l’ambiance. Rockstar repart d’une page blanche : Liberty City est entièrement reconstruite, et aucun des personnages des jeux PlayStation 2 n’y existe. Les joueurs parlent depuis de trois « univers », un par génération graphique : la 2D des débuts, la 3D de l’ère PlayStation 2, puis la haute définition à partir de GTA IV. Les villes gardent leur nom, des marques et des animateurs radio passent d’un univers à l’autre, mais ce qui s’est passé dans GTA III, Vice City ou San Andreas n’a pas eu lieu dans le monde de Niko.
C’est ce qui explique la Vice City de GTA VI. Ce n’est pas la ville de Tommy Vercetti quarante ans plus tard, c’est une ville refaite. Rockstar n’a d’ailleurs pas dit officiellement dans quel univers se situe GTA VI.
GTA IV et GTA V : un monde partagé
GTA V, sorti en 2013, reste dans l’univers de GTA IV. Il passe à Los Santos avec trois héros : Michael De Santa, braqueur à la retraite, Franklin Clinton, jeune truand ambitieux, et Trevor Philips, aussi imprévisible que dangereux.
Les liens avec GTA IV sont plus directs qu’entre les jeux PlayStation 2. Johnny Klebitz, le motard héros de The Lost and Damned, extension de GTA IV sur le gang des Lost, réapparaît dans GTA V, et sa rencontre avec Trevor tourne mal. Patrick « Packie » McReary, un des frères irlandais de GTA IV, peut être recruté pour des braquages. Tony Prince, patron de boîte de nuit de The Ballad of Gay Tony, revient dans GTA Online avec la mise à jour After Hours en juillet 2018.
GTA Online, lancé le 1er octobre 2013, est au départ le mode en ligne de GTA V, inclus avec le jeu. Il a ensuite pris son indépendance : depuis le 15 mars 2022, il existe aussi en version autonome sur PS5, sans la campagne, d’après le communiqué de Take-Two. Son monde reste celui de GTA V, et il continue d’avancer dans le temps après la fin de la campagne.
GTA V n’est pas une suite de GTA IV. Les deux jeux racontent des histoires séparées dans le même monde, et c’est ce monde que les joueurs attendent de retrouver dans Leonida.
Trevor, Michael et Franklin dans GTA VI ?
Les trois héros de GTA V sont nés avec ce jeu : on ne pouvait pas les croiser avant. GTA Online leur a ensuite permis de continuer à exister. Trevor intervient dans des missions en ligne, et Franklin revient en décembre 2021, des années après la campagne de GTA V, dans Le Contrat, à la tête d’une agence qui règle les problèmes des célébrités.
Dans la campagne de GTA VI, en revanche, Rockstar n’a confirmé le retour d’aucun des trois. Ce qui circule à ce sujet reste de la rumeur. Le seul lien officiel avec un lieu connu est ailleurs : selon sa présentation sur le site de Rockstar, Lucia veut la belle vie dont sa mère rêve depuis le temps où elles vivaient à Liberty City.
Des cartes toujours plus grandes ? Pas exactement
GTA III a donné la sensation, nouvelle à l’époque, de parcourir une ville en trois dimensions. Vice City a apporté ses plages, ses palmiers et l’architecture des années 1980. San Andreas a changé d’échelle : trois villes, des campagnes, des déserts, des montagnes. On ne traversait plus une ville, on parcourait un État.
GTA IV a fait le choix inverse. Retour à une seule ville, Liberty City, sans les grands espaces de San Andreas, mais avec une circulation, des passants et des détails qui la rendaient bien plus vivante. GTA V a ensuite remis les grands espaces au premier plan, avec Los Santos entourée de montagnes, de déserts, de zones rurales et de plages.
Pour GTA VI, Rockstar annonce l’État de Leonida, inspiré de la Floride, avec sa Vice City, ses zones côtières et ses marais. La superficie exacte n’a pas été donnée officiellement : les chiffres qui circulent sur Internet ne valent rien tant que Rockstar ne les confirme pas. Et l’histoire de la série montre qu’une carte immense ne vaut que par ce qu’on y fait.
Un immobilier qui flambe d’un épisode à l’autre
L’argent suit la même inflation que les cartes. Dans Vice City, une boîte de nuit ou une imprimerie se rachètent pour quelques dizaines de milliers de dollars. Dans GTA V, les propriétés les plus chères du mode solo se comptent en dizaines de millions, et GTA Online a fini par vendre des manoirs à plusieurs millions de dollars du jeu. Plus la série grandit, plus on passe de temps à gérer une petite fortune autant qu’à semer la police.
Des Ferrari qui s’appellent Grotti
Aucune voiture de GTA ne porte une vraie marque. Les constructeurs sont inventés, mais on reconnaît vite leurs modèles : Grotti rappelle Ferrari, Pegassi Lamborghini, Übermacht BMW, Declasse Chevrolet, Karin Toyota. La France a aussi son clin d’œil : Truffade, constructeur de luxe français du jeu, imite Bugatti.
Rockstar ne s’en est jamais expliqué en détail. Le PDG de Take-Two, Strauss Zelnick, a donné une partie de la réponse au magazine américain Variety, au printemps 2026 : dans GTA, tout est inventé, y compris les marques, ce qui évite les partenariats publicitaires. Une Ferrari sous licence aurait aussi du mal à finir criblée de balles dans une course-poursuite. Les fausses marques servent la satire : elles se moquent des vraies sans leur demander la permission.
Pourquoi GTA fait un carton depuis toujours
Réduire GTA à la violence, aux vols de voitures ou aux poursuites avec la police, c’est passer à côté de ce qui fait sa force. La première, c’est la liberté : on peut suivre les missions, mais rien n’y oblige. On conduit, on cherche des secrets, on provoque des situations que personne n’a écrites. Deux joueurs qui font le même GTA ne racontent jamais la même partie.
La deuxième, c’est l’écriture. Les héros de GTA sont des criminels, parfois très violents, mais ils ont des motivations et des contradictions. Tommy veut le pouvoir, CJ veut protéger les siens, Niko veut échapper à son passé. La troisième, c’est la satire : télévision, publicité, célébrités, politique, réseaux sociaux, tout y passe, et les radios, avec leurs émissions et leurs fausses publicités, font partie de l’univers autant que les rues.
Et puis il y a ce que GTA a toujours eu d’interdit, qui fait aussi partie de l’attrait. Quand je travaillais chez Score Games, au début des années 2010, GTA était le jeu que tous les ados voulaient. Certains juraient à leurs parents, au comptoir, que c’était « juste un jeu de voitures ». Ce n’est pas le cas, et ça ne l’a jamais été. Dans GTA III et Vice City, payer une prostituée fait remonter la barre de vie au-delà du maximum. Les jeux de la série sont classés PEGI 18, et pas pour leurs courses de voitures.
La série a même déjà été rattrapée par ce contenu. En 2005, une scène sexuelle cachée dans les fichiers de San Andreas, débloquée par une modification sur PC et surnommée « Hot Coffee », a poussé l’organisme de classification américain à retirer au jeu sa classification M pour le passer « Adults Only » le 20 juillet 2005. Rockstar a dû arrêter la fabrication et sortir une nouvelle version, puis Take-Two a conclu un accord avec la FTC, l’autorité américaine de la consommation, en juin 2006.
Rien de tout ça n’a freiné les ventes. D’après Take-Two, en août 2026, GTA V a été vendu à plus de 230 millions d’exemplaires dans le monde, et la saga à près de 475 millions. Il s’agit d’exemplaires livrés aux magasins, pas forcément tous achetés par des joueurs, mais l’ordre de grandeur suffit à expliquer l’attente autour de GTA VI, classé M (17 ans et plus) aux États-Unis.
La dernière force de Rockstar, c’est le temps. La série est née à Dundee, en Écosse, chez DMA Design, devenu Rockstar North à Édimbourg, que Take-Two présentait dès 2002 comme le développeur de GTA. Et Rockstar prend son temps pour chaque épisode : treize ans et deux mois sépareront GTA V, sorti le 17 septembre 2013, de GTA VI.
Faut-il jouer aux anciens GTA avant GTA VI ?
Non, d’après la façon dont Rockstar a construit sa saga et ce qu’on sait de GTA VI. Jason et Lucia sont deux nouveaux héros, et leur histoire n’en prolonge aucune autre. Les habitués chercheront les clins d’œil, comme ils l’ont toujours fait, mais un nouveau venu n’a pas besoin de connaître trente ans de scénarios.
Pour se préparer quand même, GTA V est le choix le plus utile : il appartient au monde le plus récent de la série, et ses marques, ses radios et son humour sont ceux que GTA VI a le plus de chances de reprendre. Vice City sert surtout à mesurer le chemin parcouru entre la ville de 1986 et celle de 2026.
Le 19 novembre, à cinq semaines de Noël, des vendeurs vont de nouveau entendre au comptoir que GTA, « c’est juste un jeu de voitures ».
