Ce qu’il faut retenir
L'initiative citoyenne a réuni 1 294 188 signatures validées. La Commission a répondu non le 16 juin 2026.
Son argument principal est le droit d'auteur : les titulaires disposent de droits exclusifs sur leurs créations.
Elle promet à la place un code de conduite sur la fin de vie des jeux, avant fin 2026.
Un million deux cent quatre-vingt-quatorze mille signatures, c’est ce qu’a rassemblé l’initiative citoyenne européenne Stop Killing Games, qui demandait d’obliger les éditeurs à laisser leurs jeux jouables après l’arrêt du service. La Commission européenne a répondu non, le 16 juin dernier. Et elle a donné une raison que presque personne n’a relevée : le droit d’auteur.
L’argument que la Commission met en avant
Le raisonnement tient en peu de mots. En droit européen, le titulaire des droits dispose de droits exclusifs sur sa création. D’autres titres de propriété intellectuelle peuvent en plus protéger des aspects visuels ou techniques d’un jeu. Imposer à un éditeur de maintenir son jeu accessible reviendrait donc à toucher à ces droits exclusifs, et la Commission estime qu’elle ne peut pas le faire en l’état.
Ce n’est pas une fin de non-recevoir polie, c’est une objection de fond, et elle est plus solide qu’il n’y paraît. Obliger quelqu’un à continuer de fournir une œuvre qui lui appartient, ce n’est pas la même chose qu’obliger un constructeur à fournir des pièces détachées pendant dix ans. Les partisans de Stop Killing Games ont un contre-argument légitime : on ne demande pas à l’éditeur de continuer à faire tourner ses serveurs, mais de laisser une porte ouverte pour que d’autres le fassent. La Commission ne répond pas directement à celui-là.
Ce que Bruxelles promet à la place
La Commission rappelle que le droit de la consommation prévoit déjà des garanties : un éditeur doit informer le joueur de la durée et des conditions de résiliation du contrat avant même la création du compte. Elle annonce aussi évaluer la directive sur la fourniture de contenus numériques.
Surtout, elle s’engage à ouvrir un dialogue avec les éditeurs et les représentants des consommateurs, pour élaborer un code de conduite sur la fin de vie des jeux vidéo. Échéance annoncée : avant la fin de 2026.
Nous sommes fin septembre. Il reste trois mois, et nous n’avons trouvé aucune trace publique de l’ouverture de ce dialogue. Ce n’est pas une accusation, une réunion préparatoire ne fait pas l’objet d’un communiqué. Pour Stop Killing Games, c’est simplement la date à surveiller, et nous la surveillerons.
Pendant ce temps, voilà ce qui s’éteint
Trois exemples récents, tous confirmés par leurs éditeurs, qui montrent trois situations différentes.
Anthem ferme ses serveurs le 12 janvier 2026. Electronic Arts débranche un jeu qui n’a jamais eu de mode hors ligne. Après cette date, il ne reste rien : pas de campagne solo de repli, pas de mode dégradé. Le jeu acheté disparaît entièrement.
WWE 2K24 est le cas le plus instructif. Le jeu cesse d’être vendu le 31 janvier 2026, et les serveurs s’arrêtent le 31 mars. Mais 2K précise que les modes hors ligne restent jouables : Play Now, Showcase, MyRISE, MyGM et Universe continuent de fonctionner. Ce qui meurt, ce sont les matchs en ligne et les créations partagées par la communauté, c’est-à-dire des milliers de catcheurs fabriqués par les joueurs eux-mêmes.
New World: Aeternum fermera le 31 janvier 2027. Amazon débranche un jeu massivement multijoueur, ce qui est la forme la plus radicale de disparition : un MMO sans serveur n’est pas un jeu dégradé, c’est un fichier mort.
Ce que ces trois cas disent de Stop Killing Games
La distinction qui compte n’est pas entre gros et petits éditeurs, elle est entre les jeux conçus avec un mode hors ligne et les autres. WWE 2K24 perd une partie de lui-même. Anthem et New World disparaissent.
C’est précisément le point que le code de conduite promis par Bruxelles devra traiter, s’il voit le jour. Pas la question de savoir si un éditeur a le droit d’arrêter de payer des serveurs, personne ne le conteste sérieusement. Mais celle de savoir ce qu’il laisse derrière lui quand il le fait, et s’il le dit clairement au moment de la vente.
Cette liste n’est pas exhaustive. Des dizaines de fermetures passent chaque année sans que personne ne les relève, et nous comptons en faire un point régulier.
Anthem ferme le 12 janvier 2026. WWE 2K24 cesse d’être vendu le 31 janvier 2026 et ses serveurs s’arrêtent le 31 mars, les modes hors ligne restant accessibles. New World: Aeternum ferme le 31 janvier 2027. La réponse de la Commission européenne à l’initiative citoyenne est publique et consultable sur le portail des initiatives citoyennes.
