Ce qu’il faut retenir
Cinq ans de travail, une cinquantaine de personnes, zéro euro. C’est ce qu’a coûté la traduction française de Danganronpa 2, un jeu que son éditeur n’a jamais jugé utile de localiser chez nous.
Derrière, une équipe : Team Mirai, formée en février 2016 par des gens qui se sont trouvés autour d’une passion commune.
Ce que ça représente vraiment comme travail
On imagine volontiers deux ou trois passionnés avec un dictionnaire. La réalité est une petite entreprise bénévole.
Sur le seul premier Danganronpa, plus de cinquante personnes sont intervenues, avec des rôles distincts : traducteurs, réviseurs, relecteurs, programmeurs. L’équipe distingue explicitement la révision, qui porte sur la qualité technique de la traduction, et la relecture, qui vérifie que le texte reste clair et lisible pour quelqu’un qui joue. Une partie des traducteurs travaille directement depuis le japonais, sans passer par l’anglais.
C’est une organisation de studio de localisation, appliquée le soir et le week-end. Le patch du premier épisode est sorti le 1er janvier 2018. Le deuxième a demandé près de cinq ans. L’équipe a aussi traduit le spin-off Ultra Despair Girls.
Pourquoi ces jeux-là
La réponse est simple et elle est désagréable pour l’industrie : parce que personne d’autre ne l’a fait.
Danganronpa est une série de visual novels, c’est-à-dire des jeux qui sont presque intégralement du texte. Un joueur français qui ne lit pas l’anglais couramment en est mécaniquement exclu. Le calcul d’un éditeur est vite fait : le volume de texte est énorme, le marché français pour le genre est étroit, la localisation ne se rentabilise pas. Personne ne peut reprocher à une entreprise de compter.
Sauf que le jeu existe, qu’il est bon, et que des gens veulent y jouer. La traduction bénévole vient combler exactement cet écart entre ce qui est rentable et ce qui est demandé.
Ce que ça leur rapporte
Rien, financièrement. Les fondateurs de Team Mirai, Kazuhiro et Lautael, parlent d’autre chose. Le premier explique que le projet a donné une direction à sa vie. Le second raconte que ce travail bénévole a lancé sa carrière professionnelle de traducteur.
Ce dernier point mérite d’être souligné, parce qu’il démonte l’image du fan-traducteur comme amateur dans son coin. Cinq ans à gérer des glossaires, des relecteurs et des contraintes techniques d’affichage, c’est un portfolio. Certains en font un métier.
La zone grise, disons-la clairement
Un patch de traduction n’est pas un jeu. C’est un fichier qui modifie des données que le joueur doit déjà posséder, et ces équipes rappellent systématiquement qu’il faut acheter le jeu.
Reste que juridiquement, la situation n’est pas nette. Traduire une œuvre sans autorisation est une atteinte au droit de l’auteur, même sans but lucratif et même quand personne ne s’en plaint. Certains éditeurs ferment les yeux, d’autres envoient des mises en demeure, et le sort d’un projet tient souvent à l’humeur d’un service juridique.
C’est pour cette raison que cet article ne donne ni lien de téléchargement, ni mode d’emploi, ni adresse. Ce qui nous intéresse ici, ce sont les gens et le travail, pas la distribution du fichier.
Ce qu’on aimerait faire ensuite
Un portrait, avec des voix. Comment on recrute cinquante bénévoles et comment on les garde cinq ans, comment on arbitre sur un nom de personnage, ce qui casse quand le texte français est plus long que le japonais et que la boîte de dialogue ne bouge pas.
Si vous faites partie d’une de ces équipes et que vous lisez ceci, écrivez-nous.
Team Mirai a été fondée en février 2016. Son patch pour le premier Danganronpa est sorti le 1er janvier 2018, celui du deuxième épisode après près de cinq ans de travail. Ces traductions supposent de posséder le jeu d’origine, qui reste en vente.
