Ce qu’il faut retenir
Blizzard a sorti sans prévenir une campagne inédite pour Warcraft III, vingt-trois ans après The Frozen Throne. Trente heures de jeu, 29,99 euros, un nouveau héros, le Paladin Réprouvé, et un inventaire repensé. Le doublage, lui, n'existe qu'en anglais. Aucune autre langue n'a été enregistrée, et l'éditeur n'a rien expliqué.
Personne ne l’attendait. Samedi, pendant la BlizzCon, Blizzard a mis en ligne Forsaken Kingdom, une campagne entièrement nouvelle pour Warcraft III: Reforged. C’est la première depuis The Frozen Throne, en 2003 : vingt-trois ans d’écart. On récupère une trentaine d’heures inédites racontant les derniers jours de Lordaeron, un nouveau héros, le Paladin Réprouvé, un inventaire repensé et un éclairage dynamique. Le tout à 29,99 euros.
Et doublé en anglais seulement.
Aucune autre langue n’a été enregistrée. Ni le français, ni l’allemand, ni l’espagnol. Blizzard n’a publié aucun communiqué sur ce point à ce jour.
Une liste qui s’allonge, mais qu’il faut lire de près
La liste commence à être longue, à condition de ne pas tout mettre dans le même sac. Forza Horizon 6 et Fable sortent bel et bien sans doublage français. Sur The Elder Scrolls Online, ZeniMax a fait machine arrière et rétablit la VF. Sur World of Warcraft, ce n’est pas le doublage qui disparaît mais les comédiens historiques, remplacés sur Midnight. Sur le remake de Halo, la VF existe, le problème est ailleurs : David Krüger et Laetitia Lefebvre en ont été écartés sans être crédités. Et maintenant Warcraft III.
Le point commun saute aux yeux : tous relèvent de Microsoft ou de ses filiales, Blizzard compris depuis le rachat d’Activision Blizzard. Mais on se garde de conclure trop vite, parce qu’Apex Legends, édité par Electronic Arts, est passé par la même case. Ce n’est donc pas une politique maison, c’est un mouvement plus large.
On s’arrête là pour ce qui est vérifiable. Il serait facile d’écrire que cette absence découle du conflit entre Microsoft et les comédiens français sur les clauses d’entraînement des intelligences artificielles, celui-là même que nous avons documenté. Sauf que personne ne l’a établi pour ce cas précis, et Blizzard n’a rien dit. Nous ne l’écrirons donc pas.
Ce qui reste, et qui suffit : un éditeur vend un contenu au même prix dans toute l’Europe, en n’ayant enregistré des voix que pour une partie de ses acheteurs. Un joueur français qui achète Forsaken Kingdom paie trente euros pour une campagne de trente heures dont il lira les dialogues au lieu de les entendre.
Ce que ça coûte vraiment
Warcraft III n’est pas un jeu de tir où les répliques servent de décor. C’est une campagne narrative, avec des cinématiques et des personnages qui portent une histoire que la série raconte depuis vingt-cinq ans. Suivre Arthas en lisant des sous-titres pendant qu’on gère une base et une armée, ce n’est pas la même expérience.
Et pour les joueurs qui ont découvert cet univers à l’époque, en français, c’est une rupture de continuité pure et simple.
Avant d’acheter
Forsaken Kingdom est un contenu additionnel : il demande Warcraft III: Reforged et se récupère sur Battle.net, comme le reste du catalogue Blizzard. Comptez 29,99 euros pour une trentaine d’heures en solo. Le multijoueur n’est pas concerné, et les campagnes d’origine restent doublées en français comme elles l’ont toujours été.
Les textes et les sous-titres, eux, sont traduits. La différence porte sur les voix, et uniquement sur elles. Ce n’est donc pas un contenu sorti à la hâte sans localisation : c’est une localisation faite à moitié, texte oui, voix non. La nuance a son importance, parce qu’elle montre que le travail a été budgété, puis arrêté à une ligne précise.
Le point de comparaison est dans la boîte : Reign of Chaos en 2002 et The Frozen Throne en 2003 avaient été intégralement doublés en français, à une époque où Blizzard produisait moins et vendait moins cher. Vingt-trois ans plus tard, le même univers revient sans voix françaises, au prix d’un jeu indépendant complet.
