Ce qu’il faut retenir
Le déclencheur
Tougen Anki revient le 2 octobre, à 23h30, sur Nippon Television. La saison 2 s’appelle l’arc des chutes de Kegon à Nikko, et elle sera diffusée en deux parties : une à l’automne, l’autre à partir d’avril 2027.
Si vous suivez des séries japonaises, cette phrase ne vous surprend plus. C’est devenu la norme, au point qu’on ne la relève plus.
Elle mérite pourtant qu’on s’y arrête, parce que personne n’explique jamais pourquoi.
De quoi on parle exactement
Un cours, en japonais, c’est un trimestre de diffusion, soit dix à treize épisodes. Le mot vient du français, et il est utilisé par la télévision japonaise depuis longtemps.
Une série de deux cours peut être diffusée de deux façons. D’affilée, sur six mois. Ou en deux blocs séparés par un ou plusieurs trimestres. C’est ce second format que les spectateurs appellent split cours, et il faut le distinguer d’une vraie saison 2, qui est une commande nouvelle avec une production relancée.
Détail qui en dit long : ce terme n’est pas un mot de l’industrie. Les encyclopédies japonaises qui le définissent précisent que la façon dont les professionnels nomment cette pratique n’est pas connue. Les spectateurs ont inventé un mot pour décrire quelque chose que personne ne leur a expliqué.
Ce que les studios disent, c’est-à-dire rien
Nous avons cherché, en français, en anglais et en japonais, des déclarations de producteurs ou de réalisateurs justifiant le recours à ce format.
Nous n’avons rien trouvé.
Les annonces officielles indiquent que telle série sera diffusée en deux blocs. Elles ne disent jamais pourquoi. Pas une interview, pas une note de production, pas une explication dans un dossier de presse.
Ce vide est le cœur de ce dossier, et il faut le prendre au sérieux. Une industrie qui a généralisé une pratique en quinze ans sans jamais la commenter publiquement, ce n’est pas un oubli.
Ce qu’on peut établir autour
À défaut d’explications, il y a des faits, et ils dessinent un décor.
Le marché de l’animation japonaise a atteint 3 840 milliards de yens en 2024, un record, en hausse de près de 15 % sur un an. La croissance vient de l’international, qui progresse de plus d’un quart en une année.
Dans le même temps, une enquête menée par une association professionnelle japonaise auprès de plus de trois cents animateurs décrit des salaires médians autour de mille cent yens de l’heure, soit un peu plus de six euros, avec près de quatre répondants sur dix sous deux cent mille yens par mois. Les durées de travail déclarées dépassent largement la moyenne nationale, avec un maximum relevé à plus de trois cent trente heures dans le mois.
Ces deux séries de chiffres ne viennent pas de la même source et ne mesurent pas la même chose. Mais elles décrivent la même industrie, la même année.
Une animatrice et character designer japonaise, Terumi Nishii, résume le problème autrement : il y a trop de productions aujourd’hui, au point que même les gros studios ne peuvent plus accepter de commandes. Elle décrit des corrections qui mettent jusqu’à six mois à revenir à l’animateur clé.
La lecture critique, assumée par quelqu’un
Le blog Sakuga, qui documente la production d’animation japonaise depuis des années, défend une thèse plus dure : le split cours sert souvent à masquer des productions en crise plutôt qu’à les éviter. Il cite le cas d’une série dont la saison 2 puis la saison finale, toutes deux raccourcies, totalisaient au final la longueur d’une saison normale.
C’est une opinion, elle est argumentée, et nous la citons nommément parce qu’elle est la seule position publique documentée sur le sujet.
Le contre-argument, et il tient
Il faut le dire, parce qu’il est sérieux.
Une pause de plusieurs mois entre deux blocs donne du temps aux équipes. Face au choix entre deux cours d’affilée produits dans l’urgence et deux blocs espacés, la seconde option protège mieux la qualité de l’image à l’écran. C’est la défense qu’on entend le plus souvent, et elle n’est pas absurde.
Elle a une limite documentée : le format ne garantit rien. Des séries annoncées en split cours ont malgré tout vu des épisodes repoussés, faute de planning tenable en amont. Le découpage aménage la contrainte, il ne la supprime pas.
Et à l’inverse, la pause pour raison de qualité peut s’assumer publiquement. One Piece s’est arrêté six mois fin 2024 pour revenir en avril 2025. Là, l’arrêt a été annoncé, discuté, et personne n’a eu besoin d’inventer un mot pour le décrire.
Ce qu’on regardera
Trois choses.
Si un producteur japonais finit par expliquer publiquement le choix du format. Ce serait une première, et ce serait la vraie information.
Si les séries annoncées en deux blocs pour l’automne 2026 tiennent leur calendrier. Le format est censé donner du temps : on verra si les dates d’avril 2027 sont respectées.
Et si quelqu’un publie enfin un décompte sérieux. À notre connaissance, aucune institution, aucune base de données professionnelle ne publie le nombre de séries diffusées en deux blocs par saison. Tout le monde dit que ça augmente, personne ne le mesure. C’est un travail que nous pourrions faire nous-mêmes, et si nous le faisons, nous publierons la méthode avec les chiffres.
Méthode
Les chiffres du marché viennent de l’Association of Japanese Animations, dans son rapport annuel sur l’industrie, pour l’exercice 2024 : 3 840,7 milliards de yens au total, en hausse de 14,8 %, dont 2 170,2 milliards à l’international, en hausse de 26,0 %. Les données sur les conditions de travail viennent d’une enquête de la Nippon Anime & Film Culture Association, menée du 4 décembre 2023 au 31 janvier 2024 auprès de 323 répondants : taux horaire médian de 1 111 yens, 37,7 % des répondants sous 200 000 yens mensuels, moyenne de 219 heures de travail mensuelles contre 162,3 heures de moyenne nationale. Les déclarations de Terumi Nishii proviennent d’un entretien publié en novembre 2023. La position du blog Sakuga est datée du 28 novembre 2021. La date de diffusion de Tougen Anki saison 2 est confirmée sur le site officiel de la série ; le découpage en deux blocs, avec un second bloc en avril 2027, nous vient d’un média japonais spécialisé et n’a pas été recoupé sur le site officiel.
Tougen Anki saison 2 démarre le 2 octobre 2026 à 23h30 au Japon. La série est annoncée en simulcast en France, les plateformes exactes restent à confirmer. La saison 1 est disponible sur Crunchyroll et Netflix.
