Toutes les captures de ce test viennent de nos sessions sur PC.
Total War: SHOGUN 2 – Complete Edition est sorti le 13 octobre 2026 sur PC, à 39,99 €, et SEGA a annoncé deux jours plus tard le retrait temporaire du jeu de la vente. Cette réédition du classique de Creative Assembly, sorti en 2011, devait réunir les trois campagnes et moderniser le jeu pour les PC actuels. On l’a testée sur PC avec un code fourni par SEGA. Pas pour juger Shogun 2, qui reste un excellent jeu, mais cette version-là, celle qu’on a réellement entre les mains.
Trois campagnes, une formule qui tient toujours
Côté contenu, rien à redire. La Complete Edition réunit Shogun 2 et tous ses contenus additionnels, dont les deux grandes extensions, d’après la FAQ de Creative Assembly. Sur Steam, elle donne même accès au jeu original et à ses DLC, à l’exception du Blood Pack, écarté pour des questions de classification. Pour un nouveau venu, c’est trois jeux en un.
La campagne principale se passe au XVIe siècle, pendant l’époque Sengoku. Le Japon est morcelé entre clans rivaux, et on en dirige un, avec quelques provinces au départ, pour devenir shogun. Sur la carte, au tour par tour, on développe ses provinces, on recrute, on gère l’économie et le commerce, on négocie avec les autres daimyos et on envoie ses agents, ninjas, geishas, moines ou metsuke, espionner, saboter, assassiner ou calmer une province agitée. Quand deux armées se croisent, la bataille se joue en temps réel. Un choix fait sur la carte peut peser des dizaines de tours plus tard, et une bataille mal engagée peut ruiner une campagne qui semblait maîtrisée.
Le choix du clan change déjà beaucoup de choses. Les Takeda misent sur leur cavalerie, les Chosokabe sur leurs archers, les Shimazu sur leurs samouraïs au sabre, les Mori sur leur flotte, les Hojo sur leurs châteaux, les Uesugi sur leurs moines guerriers et les Oda sur leurs ashigaru. Ajoutez les Hattori et les Ikko Ikki des DLC, et le point de départ comme la façon de faire la guerre varient d’une partie à l’autre. Prendre Kyoto reste l’objectif de fond, et y arriver trop tôt est souvent la pire chose qui puisse arriver.
L’Essor des samouraïs remonte au XIIe siècle et à la guerre de Genpei, quand les grandes familles Taira, Minamoto et Fujiwara se disputent le pouvoir. La campagne est plus resserrée, avec ses propres unités et une rivalité entre clans de la même famille qui change la dynamique. La Fin des samouraïs fait l’inverse et saute à la guerre de Boshin, dans les années 1860, quand le Japon se modernise à toute vitesse. Fusils, artillerie, chemins de fer et navires cuirassés remplacent peu à peu les sabres, et une flotte peut bombarder une bataille terrestre depuis la côte. C’est presque un autre jeu, et l’une des campagnes les plus originales de la série.
Sur le champ de bataille, Shogun 2 reste l’un des Total War les plus lisibles. Les lances arrêtent la cavalerie, la cavalerie écrase les archers, les samouraïs au sabre taillent dans l’infanterie légère, et les arquebuses font des ravages à condition d’être protégées. Chaque unité a un rôle clair, le moral compte autant que le nombre, et gagner en infériorité numérique en tenant une colline ou une forêt reste un vrai plaisir. Les sièges de châteaux et les batailles navales complètent le tableau.
Ses limites se voient quand on revient des épisodes récents. La gestion des villes tient en quelques bâtiments par province, la diplomatie se résume à des accords assez basiques, et la campagne demande beaucoup moins de calcul qu’un Three Kingdoms ou un Warhammer. Cette simplicité en fait pourtant une très bonne porte d’entrée dans la série : on comprend vite ce qu’on fait, et on passe plus de temps à se battre qu’à lire des menus. La division du royaume reste son moment le plus mémorable : dès qu’un clan devient trop puissant, presque tout le Japon se retourne contre lui, et la fin de campagne devient une guerre sur tous les fronts.
Une modernisation à moitié réussie
Certaines améliorations sont de vraies réussites. Le jeu passe enfin en 64 bits, de quoi mieux exploiter la mémoire des PC actuels sur les longues campagnes. L’interface s’adapte au 1440p et à la 4K, alors que les boutons de l’original devenaient minuscules en haute résolution. Les commandes de bataille se rapprochent des Total War récents : sélectionner plusieurs unités, faire pivoter une formation ou créer des groupes devient plus simple, et une caméra qui peut s’éloigner davantage permet de lire tout le champ de bataille d’un coup d’œil. C’est exactement ce qu’une réédition devrait apporter.
Notre configuration de test : Intel Core i7-10700KF, GeForce RTX 3060 Ti (8 Go) et 48 Go de mémoire, sur un écran ultralarge 3440×1440. Le jeu tournait en plein écran sans bordure, en 2580×1080, avec des réglages personnalisés : textures en Ultra, la plupart des options en Élevé, profondeur de champ basse, occlusion ambiante (SSAO) activée, reflets en espace écran et synchronisation verticale coupés. L’anticrénelage passe par le DLSS de NVIDIA, une option que l’original de 2011 ne pouvait évidemment pas proposer. L’image remplit toute la largeur en 21:9, interface comprise, comme le montrent nos captures.
Plus de cinquante clans mineurs deviennent jouables, ce que la communauté faisait jusqu’ici avec des mods. Ils n’ont pas tous la personnalité des grands clans, mais commencer avec une seule province au fond d’une île change complètement le rythme d’une campagne. La division du royaume devient réglable : on peut la retarder, la durcir ou la désactiver. Une négociation rapide indique enfin quels accords ont une chance d’être acceptés, ce qui évite d’enchaîner les propositions refusées, même si la diplomatie reste simple. SEGA annonce aussi le doublage et les textes en japonais et en chinois, la prise en charge des écrans ultra-larges et des options pour les daltoniens.
Le nouveau rendu retravaille l’éclairage, les ombres, le brouillard, le ciel et une partie des textures, avec une technologie reprise des Total War récents. Le résultat est plus moderne, sans reconstruction complète, et certaines textures donnent un vrai coup de jeune. D’autres sont nettement moins convaincantes. Surtout, plusieurs illustrations retravaillées, comme les cartes d’unités, montrent des artefacts que des joueurs ont attribués à un agrandissement par intelligence artificielle, ce que SEGA n’a pas confirmé. Quand on modernise un jeu à la direction artistique aussi forte, gagner en définition ne suffit pas : il faut respecter le style d’origine.
Le modding repart de zéro. La Complete Edition passe par Mod.io, intégré au jeu, et les mods de l’original ne sont pas compatibles, toujours d’après la FAQ. Pour un jeu qui vit depuis quinze ans grâce à sa communauté, c’est un sacrifice énorme, et rien ne garantit que tous les moddeurs adapteront leurs projets. Le multijoueur suit la même logique : la Complete Edition n’est pas compatible avec l’ancienne version, et les deux joueurs doivent posséder la même édition pour une bataille ou une campagne à deux.
Côté prix, 39,99 € se défend pour un nouveau venu, vu la quantité de contenu. Les possesseurs de l’original ont droit à une réduction de fidélité de 75 % jusqu’au 12 novembre, mais beaucoup d’améliorations ressemblent à ce qu’on aurait attendu d’un gros correctif gratuit.
Un lancement raté, reconnu par SEGA
Les joueurs ont signalé dès la sortie des bugs, des problèmes de performances, des régressions visuelles et des soucis de finition, dont certains bugs de l’original que la réédition devait justement corriger. Le 15 octobre 2026, SEGA et Creative Assembly ont reconnu que le jeu n’était pas au niveau de leurs exigences et annoncé travailler à son retrait temporaire de la vente. Ceux qui l’ont acheté peuvent continuer à y jouer, et l’original, qui n’était plus vendu seul sur Steam depuis le 28 septembre, revient dans les boutiques. Quand un éditeur retire sa propre réédition deux jours après sa sortie, ce n’est pas un lancement compliqué. C’est un échec.
Si on notait Shogun 2, la note serait très haute. Mais on teste la Complete Edition de 2026, et le travail fait sur cette version ne mérite pas la même. Ce test porte sur la version de lancement : on n’a pas encore essayé la dernière mise à jour. Si SEGA et Creative Assembly corrigent sérieusement le jeu, la note pourra changer. En attendant, l’original de 2011 fait toujours très bien l’affaire, et c’est un comble pour une réédition.
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