Imaginez devoir tester Kingdom Hearts aujourd’hui.
Non, le problème n’est pas que le premier épisode date de 2002. Après tout, nous avons survécu aux cartes mémoire de 8 Mo, aux écrans cathodiques et à Internet qui hurlait comme un R2-D2 qu’on égorgeait lorsqu’on voulait se connecter.
Le véritable problème, c’est que Square Enix a ressorti Kingdom Hearts tellement de fois qu’il devient presque nécessaire d’avoir un tableau Excel pour déterminer quelle version contient quoi.
La réponse de l’éditeur ?
Une nouvelle compilation.
Évidemment.
Kingdom Hearts I-III Collection réunit Kingdom Hearts HD 1.5+2.5 ReMIX, Kingdom Hearts HD 2.8 Final Chapter Prologue et Kingdom Hearts III + Re Mind dans un seul coffret.
Prix annoncé : 79,99 euros.
L’objectif est simple : permettre aux nouveaux venus de découvrir toute la saga Xehanort avant Kingdom Hearts IV, sans devoir partir en expédition archéologique sur quinze consoles différentes.
Et vu la chronologie de Kingdom Hearts, croyez-moi : simplifier quelque chose relève déjà de l’exploit scientifique.
Un contenu absolument colossal
Commençons par l’évidence : cette compilation est énorme.
Kingdom Hearts HD 1.5+2.5 ReMIX contient notamment Kingdom Hearts Final Mix, Re of Memories, Kingdom Hearts II Final Mix, Birth by Sleep Final Mix, ainsi que les adaptations cinématiques de 358/2 Days et Re.
Le bloc 2.8 ajoute Dream Drop Distance HD, χ Back Cover et 0.2 Birth by Sleep – A Fragmentary Passage.
Et pour terminer tranquillement cette petite promenade digestive, nous retrouvons Kingdom Hearts III et son extension Re Mind.
Bref.
Si votre question est :
« Est-ce qu’il y a suffisamment de contenu ? »
Oui.
La vraie question est de savoir si votre famille signalera votre disparition avant que vous ayez terminé.
Parce qu’on ne parle pas ici d’une compilation permettant de passer quelques soirées tranquilles avec Donald et Dingo.
On parle de la saga Xehanort pratiquement complète réunie au même endroit.
Votre backlog vient de déposer une main courante.
Kingdom Hearts : quand tout était encore simple
Relancer le premier Kingdom Hearts aujourd’hui produit une sensation assez étrange.
Parce qu’en 2002, l’histoire était encore compréhensible par un être humain normalement constitué.
Sora cherche Kairi et Riku.
Voilà.
Disney, Square Enix, des mondes à explorer, une Keyblade, des Sans-cœur et une histoire d’amitié étonnamment mélancolique.
C’était simple.
Profitez de cet instant.
Savourez-le.
Parce que vous ne reverrez bientôt plus jamais cette simplicité.
Malgré son âge, le premier Kingdom Hearts conserve d’ailleurs un charme assez incroyable. Son level design montre clairement ses années, certaines décisions sont aujourd’hui franchement étranges et les combats manquent de la fluidité acquise par les épisodes suivants.
Mais son identité reste intacte.
La rencontre improbable entre Disney et Square Enix fonctionne toujours aussi bien.
Et vingt-quatre ans plus tard, voir Donald se battre aux côtés d’un héros japonais armé d’une clé géante reste étrangement normal.
Le jeu vidéo est un média merveilleux.
Kingdom Hearts II : quand la formule atteint son sommet
Le passage à Kingdom Hearts II Final Mix reste particulièrement impressionnant.
Les combats gagnent énormément en fluidité et en spectacle, les possibilités offertes au joueur se multiplient et les mondes Disney deviennent plus ambitieux.
Mais surtout, Kingdom Hearts II réussit encore quelque chose qui deviendra progressivement un véritable exploit dans cette franchise :
être complexe sans nécessiter un doctorat.
Oui, il y a déjà beaucoup de personnages.
Oui, l’Organisation XIII commence sérieusement à mettre son grain de sel partout.
Oui, les histoires de cœur deviennent plus importantes.
Mais globalement, vous pouvez encore suivre.
Vous n’avez pas encore besoin d’interrompre une cinématique toutes les cinq minutes pour demander :
« Attends… lui, c’est qui déjà ? »
Gardez précieusement ce souvenir.
Les épisodes secondaires qui ne sont absolument pas secondaires
Et c’est ici que Kingdom Hearts commence doucement à retirer les petites roues du vélo avant de nous pousser dans une descente.
Chain of Memories, Birth by Sleep et Dream Drop Distance pourraient passer pour des épisodes secondaires.
HAHAHA.
Non.
Dans Kingdom Hearts, un spin-off n’est pas vraiment un spin-off.
C’est plutôt un épisode absolument indispensable à la compréhension générale auquel Square Enix a oublié de mettre un numéro.
Birth by Sleep reste probablement l’un des meilleurs exemples.
Terra, Aqua et Ventus proposent trois perspectives différentes sur l’histoire, avec une structure particulièrement intéressante et des personnages qui comptent encore parmi les plus marquants de la franchise.
Le système de commandes fonctionne également très bien, notamment lorsqu’on se souvient que le jeu avait initialement été pensé pour la PSP.
En revanche, vouloir absolument tout terminer peut devenir répétitif.
Repasser plusieurs fois dans des environnements similaires avec trois protagonistes différents finit forcément par provoquer un léger :
« Ah. Toi encore. »
Dream Drop Distance : bienvenue à l’université Nomura
Puis arrive Dream Drop Distance.
Et là…
Bon.
Asseyez-vous.
Prenez un verre d’eau.
Prévenez éventuellement vos proches.
Le jeu reste dynamique, apporte plusieurs mécaniques intéressantes et place Sora et Riku à un moment déterminant de leur histoire.
Mais narrativement, nous atteignons également le moment où chaque réponse semble générer automatiquement deux nouvelles questions.
Vous pensiez qu’il suffisait d’avoir joué à Kingdom Hearts I et II avant de lancer Kingdom Hearts III ?
HAHAHAHAHA.
Non.
Assieds-toi, Michel.
Nous allons parler de Birth by Sleep, Dream Drop Distance, 358/2 Days, χ Back Cover, des différentes versions de certains personnages, des voyages temporels, des cœurs, des corps, des souvenirs et de Xehanort.
Beaucoup de Xehanort.
Énormément de Xehanort.
À ce stade, comprendre la chronologie de Kingdom Hearts n’est plus un loisir.
C’est un Bac+5 avec spécialisation Nomura, option souffrance.
Et le pire ?
On continue.
Parce qu’on veut savoir.
Kingdom Hearts III : magnifique bordel
Arriver à Kingdom Hearts III après avoir refait toute la saga change légèrement la manière dont on perçoit le jeu.
Visuellement, il reste spectaculaire.
Les mondes Disney atteignent une qualité impressionnante, les combats offrent régulièrement des moments grandioses et lorsque toutes ses mécaniques fonctionnent ensemble, Kingdom Hearts III possède vraiment l’allure du gigantesque final attendu pendant des années.
Mais il doit accomplir une mission complètement suicidaire.
Conclure une histoire commencée en 2002.
Répondre aux questions accumulées pendant plusieurs jeux.
Donner une conclusion à énormément de personnages.
Et préparer l’avenir de la franchise.
Tranquille.
Même Gandalf aurait regardé le cahier des charges avant de dire : « démerdez-vous ».
Le résultat est forcément imparfait.
Certains personnages interviennent tardivement, plusieurs résolutions semblent précipitées et le jeu raconte parfois des événements que nous aurions largement préféré vivre directement.
C’est spectaculaire.
C’est touchant.
C’est parfois confus.
Bref, c’est Kingdom Hearts.
Re Mind : le morceau qui manquait
L’extension Re Mind améliore sensiblement l’expérience.
Elle apporte notamment davantage de matière narrative et propose un défi plus intéressant aux joueurs qui souhaitent réellement pousser le système de combat dans ses retranchements.
Le problème est presque philosophique :
Re Mind apporte certaines choses dont Kingdom Hearts III avait besoin…
après Kingdom Hearts III.
C’est un peu comme commander une raclette et recevoir les pommes de terre au dessert.
Merci.
Elles sont bonnes.
Mais j’aurais aimé les avoir avant.
Une compilation qui permet surtout de voir grandir la saga
Et c’est probablement ici que Kingdom Hearts I-III Collection devient réellement intéressante.
Enchaîner les différents épisodes permet d’observer toute l’évolution de la franchise.
Kingdom Hearts commence comme une histoire relativement simple sur trois jeunes amis séparés.
Puis arrivent les Sans-cœur.
Les Simili.
L’Organisation XIII.
Les différentes identités.
Les souvenirs.
Les cœurs.
Les corps.
Le temps.
Les différentes versions de certains personnages.
Xehanort.
Encore Xehanort.
Toujours Xehanort.
À la fin, vous commencez presque à suspecter votre facteur d’être Xehanort.
Et pourtant, derrière cette mythologie devenue gigantesque se trouve toujours ce qui faisait fonctionner le premier jeu : ses personnages et leurs liens.
C’est probablement la raison pour laquelle, malgré toutes ses excentricités narratives, Kingdom Hearts conserve une communauté aussi attachée à son univers.
Sur PS5 : ne vous attendez pas à un remake
Techniquement, il faut cependant calmer immédiatement les attentes.
Cette édition PlayStation 5, celle testée ici, ne reconstruit pas la saga.
Il ne s’agit ni d’un remake, ni d’une restauration spectaculaire des premiers épisodes.
Kingdom Hearts I-III Collection rassemble essentiellement les précédentes collections et Kingdom Hearts III + Re Mind dans un seul produit.
La PS5 apporte principalement des temps de chargement plus rapides et un rendu global plus propre.
C’est agréable.
Mais si vous vous attendiez à découvrir le premier Kingdom Hearts transformé graphiquement en jeu de 2026…
Rangez immédiatement cette Keyblade.
Les précédentes versions PlayStation 4 avaient déjà réalisé une grande partie du travail technique.
Nous sommes donc davantage face à la réunion définitive du contenu existant qu’à une véritable nouvelle édition technique.
Une nouvelle collection était-elle vraiment nécessaire ?
Et nous arrivons à LA question.
Après toutes les compilations précédentes…
Avions-nous vraiment besoin d’une nouvelle collection Kingdom Hearts ?
Oui.
Et non.
Merci d’avoir lu ce test.
…
Bon, développons quand même.
Pour quelqu’un qui n’a jamais joué à Kingdom Hearts, la réponse est clairement oui.
Cette collection constitue probablement le moyen le plus simple de découvrir l’intégralité de la saga Xehanort aujourd’hui.
Tout est regroupé.
Plus besoin de chercher quel épisode se trouve dans quelle compilation ni de déterminer pourquoi un jeu apparemment secondaire contient une information indispensable vingt heures plus tard.
Vous achetez.
Vous installez.
Vous jouez.
Vous ne comprenez plus rien.
Mais au moins, tout est au même endroit.
Pour les vétérans, c’est une autre histoire
En revanche, si vous possédez déjà les compilations précédentes, la situation change complètement.
Les nouveautés sont beaucoup trop limitées pour justifier automatiquement un nouvel achat.
La mise à niveau technique reste mineure et aucun bouleversement majeur ne vient réellement transformer l’expérience.
Vous avez déjà parcouru les mondes Disney ?
Vous avez affronté l’Organisation XIII ?
Vous connaissez Aqua, Terra, Ventus, Roxas, Axel, Xion et toute la bande ?
Vous avez déjà essayé d’expliquer la chronologie de Kingdom Hearts à quelqu’un avant de voir son regard devenir complètement vide ?
Gardez vos 79,99 euros.
Ou utilisez-les pour acheter un tableau blanc.
Vous en aurez probablement besoin avant Kingdom Hearts IV.
Le meilleur moyen de préparer Kingdom Hearts IV
Parce qu’au fond, cette collection possède une mission évidente : préparer l’arrivée de Kingdom Hearts IV.
Et sur ce point, elle fait parfaitement le travail.
Un nouveau joueur dispose immédiatement de tout ce qu’il faut pour découvrir la saga Xehanort depuis ses débuts.
Et vu la quantité de contenu disponible, mieux vaut probablement commencer maintenant.
Non, vraiment.
Maintenant.
Kingdom Hearts IV pourrait sortir avant que vous ayez compris pourquoi Roxas ressemble à Ventus.
Et je refuse d’expliquer ça ici.
J’ai une famille.
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