Le Kiosque — Livre10/10/2026

Spiritus Maximus : S.A.M. a fini avant de commencer

Six tomes écrits avant le premier : l'auteur de Spiritus Maximus explique son pari, et ce qui le fait tenir.

Samuel Montesanti, alias S.A.M., répond à nos questions avant la sortie de Chaos Quantique, premier tome de sa saga, le 16 octobre chez youStory.

Par

Devil

Directeur

Devil, fondateur de SpiritGamer. Zelda et Halo dans le sang depuis toujours, mais sinon je joue à tout, manette en main ou pas. Si un article vous a fait grincer des dents, c'est probablement le mien.

Jeux Vidéo, Hardware, Ciné/Séries, Livre/BD
Fiche Kiosque
TitreSpiritus Maximus, tome 1 : Chaos Quantique
Auteur / créateurS.A.M. (Samuel Montesanti)
ÉditeuryouStory
Parution / sortie16 octobre 2026
Prix20,50 € (broché), 4,99 € (numérique)
EN BREF

Ce qu’il faut retenir

S.A.M. a bouclé les six tomes de Spiritus Maximus avant de publier le premier, par peur de ne jamais finir et pour ne pas lâcher si les ventes ne suivent pas. Il ne cherche pas à vivre de l'écriture, reconnaît n'avoir presque pas de lecteurs fidèles, et sa méthode pour tenir une trentaine de mondes tient en trois mots : des notes, des tableaux, jamais de préquelle.

Samuel Montesanti, qui signe S.A.M., a répondu par écrit à nos dix questions le 23 septembre 2026. Le premier tome de sa saga Spiritus Maximus, Chaos Quantique, sort le 16 octobre chez youStory, et les six tomes sont déjà écrits.

Ce qui nous a donné envie de l’interroger, c’est ce parcours à l’envers. Treize ans de web-séries, de fictions audio et de livres en accès libre, sans jamais chercher à en vivre, puis une saga entière bouclée avant d’en publier la première page. La plupart des auteurs font l’inverse et écrivent la suite en croisant les doigts.

Ses réponses sont d’une franchise rare, y compris quand on lui parle de sa communauté. Et elles servent au-delà de son livre : si vous écrivez, dessinez ou développez seul dans votre coin, il détaille sa méthode pour tenir un univers d’une trentaine de mondes sans s’y perdre, et ce qu’il conseille à ceux qui se lancent sans éditeur.

Interview réalisée par écrit, réponses reçues le 23 septembre 2026. Nous n’avons corrigé que les fautes de frappe.

Treize ans et deux noms

SpiritGamer

Spiritus Maximus existe depuis 2013 sous forme de web-séries, fictions audio, courts-métrages et bande dessinée. Comment cet univers est-il né, et qu’est-ce qui vous a fait tenir treize ans ?

S.A.M.

Pour être précis, le nom « Spiritus Maximus » n’existe que depuis le début de la réécriture de l’histoire, vers 2021-2022. Les scénarios qui composent cette saga aujourd’hui étaient divisés à travers les différents médias que j’ai mis en place (web-séries, fictions audio, etc.).

Comme indiqué dans le communiqué, ça a démarré avec un petit exercice de création de pitch pendant ma formation de testeur de jeux vidéo à l’école Créajeux, à Nîmes, en 2013. De là, tout s’est embranché. Le pitch s’est transformé en web-série pour l’éclate avec les potes (Project Glitch), puis une deuxième web-série, Histoires Courtes, puis une transition vers la fiction audio avec Les Chroniques de Zack Patton, pour une meilleure flexibilité dans le storytelling et le montage. Puis les romans, la BD, etc. Ce qui m’a fait tenir treize ans ? Je fais toujours de mon mieux pour finir ce que je commence.

SpiritGamer

Vous avez longtemps publié sous un autre pseudo, avec une douzaine de livres chez youStory. Pourquoi ce changement de nom aujourd’hui ?

S.A.M.

Je n’ai jamais vraiment été fan du nom « OncleSamProductions », qui me semblait pompeux et peu original. En 2023, alors que j’arrivais aux dix ans de mes scénarios et à la fin de ma dernière web-série, L’Interface, je me suis dit que ce serait un bon moment pour faire un changement. « S.A.M. » m’a tout de suite agrippé l’esprit. Un acronyme calé sur le diminutif de mon prénom, quoi de mieux ? Une remise à zéro, en quelque sorte.

SpiritGamer

Pendant des années, ce travail était gratuit et en accès libre. Qu’est-ce que ça change, pour vous, de passer à un roman qu’on achète en librairie ?

S.A.M.

Cela ne change pas grand-chose pour moi. Je n’ai jamais prétendu vouloir ni pouvoir gagner ma vie avec mes créations. Je n’ai jamais monétisé mes chaînes YouTube et j’essaye de limiter les gains sur Twitch. Je n’ai pas la prétention d’avoir les « qualités » nécessaires pour prétendre être un « professionnel » dans le domaine audiovisuel. Avant tout, je veux juste raconter des histoires, et cette passion ne devrait pas demander de la monnaie. Paradoxal, quand on sait qu’il faut cette monnaie pour survivre…

Six tomes écrits avant le premier

SpiritGamer

Vous avez écrit les six tomes avant de publier le premier. Pourquoi ce choix, et qu’est-ce qu’il vous a permis de faire que l’écriture au fil de l’eau ne permet pas ?

S.A.M.

La raison pour laquelle j’ai voulu absolument terminer toute la saga avant de publier le premier tome est simple, et se divise en deux parties. La première rejoint la raison pour laquelle j’ai tenu treize ans : je veux finir ce que j’ai commencé. Mais il y a aussi ce facteur imprévisible de la vie qui peut m’empêcher de manière permanente de terminer. Je considère donc un peu ceci comme une course contre la montre, et je voulais absolument terminer cette histoire avant que quelque chose n’arrive, peu importe ce que c’est, m’empêchant d’aller au bout et de vivre le reste de ma vie avec cette « défaite ».

La deuxième raison s’explique par la volonté d’éviter une déception si les premiers tomes ne fonctionnent pas, me faisant poser la plume car ce serait inutile de se donner à fond jusqu’au bout. Au moins, l’histoire est terminée, et avec une publication accélérée, même si les premiers tomes ne prennent pas, je pourrai toujours tout publier et avoir au moins un exemplaire de chaque tome sur mon étagère. Un discours qui peut sembler défaitiste, mais qui est pourtant juste empreint de réalité. « Ne s’attendre à rien, pour ne pas être déçu. »

SpiritGamer

Zack Patton traverse le temps, l’espace et une trentaine de mondes. Comment garde-t-on la cohérence d’un ensemble pareil, et comment évite-t-on de perdre le lecteur ?

S.A.M.

Prendre des notes. Consigner tout ce qu’on met en place. Faire des tableaux, sur Excel ou sur papier. Le plus important est d’être structuré, et de tacler une partie de l’histoire à la fois. Si un mélange s’impose dans le récit, il faut d’abord vérifier que tout reste cohérent, et adapter la suite de son récit en fonction des éléments préétablis. C’est tout simplement une histoire d’organisation. Et c’est aussi pourquoi il ne faut JAMAIS faire de préquelle. C’est le meilleur moyen de se planter et de créer des anachronismes ou des incohérences. Je l’ai vu des dizaines de fois dans de grosses productions audiovisuelles, et cela me révulse au plus haut point.

Si tout est correctement programmé, même le moins assidu des lecteurs pourra s’y retrouver. La découverte d’une histoire est une route à double sens : si l’écrivain ne s’applique pas, le lecteur ne pourra pas fournir l’effort nécessaire pour apprécier le récit. Si le lecteur ne fait pas l’effort de se creuser les méninges, alors le travail de l’auteur aura été vain.

SpiritGamer

La saga pose la question de savoir jusqu’où nous sommes maîtres de nos choix face au destin. Pourquoi cette question-là ?

S.A.M.

Une question existentielle qui devrait être sur les lèvres de chacun d’entre nous. Nous sommes tous confrontés à des « coïncidences » dans notre quotidien, qui nous font remettre en question la véracité de la réalité dans laquelle nous existons. Car au fond de chacun d’entre nous, nous imaginons tous, à un moment donné de notre vie, qu’il est potentiellement possible qu’une force supérieure soit en contrôle, qu’elle soit divine, physique ou non, même si l’idée semble tirée par les cheveux. C’est depuis cette base que la question se pose. Une question à laquelle je tente de répondre dans cette saga, mais en parler maintenant serait un spoil conséquent…

Influences, adaptations et communauté

SpiritGamer

Quelles sont vos influences, en SF comme en fantasy, et y en a-t-il du côté du jeu vidéo ou de l’animation ?

S.A.M.

Je n’ai pas regardé beaucoup de films ou de séries, et j’ai dû voir peut-être une quinzaine d’animés et lire une dizaine de mangas. Le peu que j’ai vu, bien qu’étant des classiques du genre, a su m’inspirer pour que je tente de créer une histoire la plus originale possible. Certaines références sont perdues dans les méandres de mes souvenirs, et ressurgissent de manière imprévue pendant que j’écris.

Mais je suis fan de toute histoire touchant au multivers et au voyage dans le temps, ou de la SFFF de manière générale. Je pourrais citer The One avec Jet Li, Il était temps (About Time) avec Domhnall Gleeson et Rachel McAdams, les films Disney (le MCU, Star Wars), les mangas Tsubasa Chronicle, Dandadan ou encore Gatekeepers. Le comics Scott Pilgrim m’a beaucoup inspiré également.

SpiritGamer

Vous avez pensé cet univers pour vivre en bande dessinée, en manga ou en jeu vidéo. Où en sont ces projets, et lequel vous tient le plus à cœur ?

S.A.M.

Pour l’instant, ce ne sont que des idées au fond de mon esprit. J’ai les visions, mais il faut d’abord que les romans prennent. À ce stade du projet, inutile de trop se projeter. L’histoire est terminée, et c’est le plus important. Je ne pourrais pas choisir un média en particulier, même si ma grande passion reste les jeux vidéo. En ce qui concerne Spiritus Maximus, s’il est possible de transcrire cette histoire dans tous les médias possibles, je présenterai un engouement similaire et un travail équivalent pour chacun d’eux.

SpiritGamer

Une communauté vous suit depuis les web-séries. Quel rôle a-t-elle joué dans la construction de l’univers ?

S.A.M.

C’est un peu compliqué de répondre à cette question, car je n’ai pas vraiment de communauté qui me suit. Je ne peux pas compter mes proches dans l’équation, car ce n’est pas objectif. Il n’y a qu’une véritable poignée de personnes qui me suivent sur Discord et Twitch avec qui j’ai sympathisé, mais au-delà de ça, je n’existe virtuellement pas en tant qu’auteur. Le peu de personnes présentes ont envoyé leur soutien (qu’il soit moral ou monétaire, ce pour quoi je suis très reconnaissant) et pour l’instant, je m’en contente. On verra si cela change après la sortie du premier tome !

Pour ceux qui se lancent seuls

SpiritGamer

Que diriez-vous à quelqu’un qui commence aujourd’hui à bâtir son univers seul, sans éditeur derrière lui ?

S.A.M.

Avant de se lancer dans un projet de grande envergure, peu importe sa nature, il faut malheureusement anticiper. Vivre au jour le jour est très important, mais la nature imprévisible et aléatoire de notre réalité, qui ne peut pas être contrôlée, doit être prise en compte. Et pour cela, c’est important de prévoir un minimum.

Construire un réseau, développer des contacts et créer une communauté est extrêmement compliqué à notre époque, à cause de la surpopulation et des réseaux sociaux qui nous bombardent et qui donnent à tant de créateurs la possibilité de partager leur talent. Le plus important reste d’y croire, au moins pour soi. Si ça doit marcher, alors ça marchera. Si on a de l’argent, ça aide beaucoup, ne nous en cachons pas !


Merci à Samuel Montesanti pour ses réponses. Chaos Quantique sort le 16 octobre chez youStory, et notre critique du livre accompagne cette interview.

À vousChaos Quantique, tome 1 de Spiritus Maximus, sort le 16 octobre 2026 chez youStory : 20,50 euros en broché, 4,99 euros en numérique.