Le Kiosque — BD & Manga01/10/2026

Revendre des livres neufs plus cher est illégal

Un manga collector neuf acheté pour être revendu reste soumis au prix unique du livre, même vendu par un particulier.

One Piece 113 à 25 euros en librairie, 52,60 sur eBay : on a demandé au médiateur du livre si c'était légal, et sa réponse est nette.

Par

Devil

Directeur

Devil, fondateur de SpiritGamer. Zelda et Halo dans le sang depuis toujours, mais sinon je joue à tout, manette en main ou pas. Si un article vous a fait grincer des dents, c'est probablement le mien.

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EN BREF

Ce qu’il faut retenir

Un livre acheté pour être revendu n'est pas un livre d'occasion. Selon le médiateur du livre, celui qui le revend, particulier ou commerçant, doit donc respecter le prix fixé par l'éditeur, collector compris. Les plateformes n'ont pas à contrôler chaque annonce, mais elles doivent retirer une offre illicite qu'on leur signale précisément. Aucun cas n'a encore été tranché, et tout dépend de l'intention au moment de l'achat. Pour un lecteur, ça change une chose : un collector neuf vendu au double devient une annonce qu'il peut faire retirer.

Notre positionLes plateformes savent repérer un livre neuf vendu au-dessus du prix de l'éditeur : elles pourraient le bloquer sans attendre un signalement.

Le 23 septembre 2026, le tome 113 de One Piece sortait chez Glénat en version « Coffre au trésor », à 25 euros. Trois jours plus tard, un particulier en proposait dix exemplaires neufs sur eBay, à 52,60 euros pièce. Quatre étaient déjà partis.

Ce genre d’annonce, tous les collectionneurs de manga la connaissent. Le collector part en quelques heures, puis réapparaît au double chez quelqu’un qui n’a visiblement pas l’intention de le lire. À chaque sortie, la même discussion revient entre amis : comment c’est possible, et surtout, est-ce que c’est seulement légal ? D’habitude, on râle et on passe. Cette fois, on a cherché la réponse. Parce qu’un livre, en France, n’est pas un produit comme les autres : son prix est fixé par la loi.

On a donc demandé à celui dont c’est le métier.

Le médiateur du livre, c’est qui ?

Le médiateur du livre a été créé par la loi sur la consommation du 17 mars 2014. Il intervient dans tous les litiges sur l’application des lois relatives au prix du livre. Il cherche d’abord une conciliation entre les parties, publie des recommandations, et peut saisir la justice quand ça ne suffit pas.

Le poste est occupé par Jean-Philippe Mochon, membre du Conseil d’État depuis 1998, nommé médiateur en octobre 2020. Autrement dit : quand il donne sa lecture de la loi sur le prix du livre, c’est l’avis de référence, en attendant qu’un juge ait un jour à trancher.

Sa réponse : c’est du neuf, donc prix unique

On lui a demandé comment il traiterait le cas d’un particulier qui achète des collectors pour les revendre. Sa réponse est arrivée le 29 septembre 2026, donnée « sous toutes réserves ».

Pour le médiateur, une personne qui achète des livres neufs pour les revendre, et non pour ses besoins propres, ne vend pas de l’occasion. Elle reste donc soumise au prix fixé par l’éditeur, même si cet achat pour revente porte sur une édition collector.

Et le fait d’être un particulier ne change rien. La loi impose le prix aux « détaillants ». Pour le médiateur, le mot désigne toute personne qui vend des livres neufs au public, commerçant ou non.

Pourquoi c’est du neuf

Tout vient de deux textes. La loi du 10 août 1981 fixe la règle : l’éditeur décide du prix d’un livre neuf, et le vendeur doit rester entre 95 % et 100 % de ce prix. Le livre d’occasion, lui, se vend au prix qu’on veut. Le médiateur l’avait rappelé en 2020 dans une recommandation qui juge illicite la vente d’un livre neuf au-dessus de son prix.

Reste à savoir ce qu’est un livre d’occasion. Un décret du 22 juin 2023 répond : c’est un livre déjà acheté pour ses besoins propres, excluant la revente.

Un collector acheté pour être revendu ne coche pas cette case. Il reste un livre neuf, avec un prix fixé par l’éditeur.

eBay et Vinted disent la même chose

Les plateformes, de leur côté, n’ont pas à contrôler chaque annonce au moment où elle est mise en ligne, rappelle le médiateur. Mais elles doivent retirer promptement une offre illicite dès qu’on la leur signale de façon suffisamment précise, faute de quoi leur responsabilité peut être engagée.

eBay, que nous avons aussi interrogé, pose une règle générale qui va dans le même sens : acheter des objets pour les revendre oblige à s’enregistrer comme professionnel, et un vendeur professionnel ne peut pas se présenter comme un particulier. L’annonce des One Piece 113 était pourtant publiée depuis un compte « Particulier ».

Leboncoin impose lui aussi un compte Pro à qui achète pour revendre. Vinted interdit carrément les articles achetés pour être revendus sur un compte standard.

Ce qui n’est pas encore tranché

Le médiateur le dit lui-même : il n’a pas encore eu à se prononcer sur un cas de collector revendu en ligne par un particulier. Sa réponse est une lecture des textes, qu’aucune décision n’a encore confirmée.

Et tout repose sur l’intention au moment de l’achat. Le lecteur qui revend son exemplaire après l’avoir gardé vend de l’occasion, au prix qu’il veut. Celui qui a acheté dix coffrets pour les revendre vend du neuf. Entre les deux, la frontière se prouve au cas par cas.

Reste la question du tome 113 lui-même : combien d’exemplaires, tirage limité ou non, réimpression ou pas. Nous avons posé ces questions à Glénat le 26 septembre 2026, via le formulaire de contact de son site. L’éditeur n’avait pas répondu à la mise en ligne de cet article.

Attendre, parfois, ça paie

Les ruptures ne sont pas toujours définitives. En 2021, Pika a réimprimé à titre exceptionnel l’édition limitée du tome 33 de L’Attaque des Titans, cinq mois après sa rupture.

Mais pas toujours. La même année, Glénat annonçait le collector du tome 98 de One Piece comme « limité à un seul tirage ». Avant de payer un revendeur, le premier réflexe reste d’aller voir ce que dit la page de l’éditeur.

Devant une annonce hors de prix

Vérifier le prix. Il figure sur la page de l’éditeur. Un collector neuf vendu au-dessus par quelqu’un qui l’a acheté pour le revendre, c’est exactement le cas décrit par le médiateur.

Regarder qui vend. Plusieurs exemplaires neufs du même titre, depuis un compte « Particulier », juste après la sortie : c’est le profil de l’achat pour revendre.

Signaler précisément. Le médiateur parle d’un signalement « suffisamment précis ». Concrètement : le lien de l’annonce, le prix fixé par l’éditeur, la date de sortie et le nombre d’exemplaires proposés. C’est ce qui oblige la plateforme à agir.

Le coffret du tome 113 s’appelle « Coffre au trésor », et pour certains, il porte bien son nom. Sauf que, selon le médiateur du livre, ce trésor-là a un prix fixé par la loi, et il n’a pas bougé depuis le 23 septembre : 25 euros.

À vousOne Piece 113 Coffre au trésor : 25 euros chez Glénat depuis le 23 septembre 2026. Une annonce neuve au-dessus de ce prix se signale à la plateforme.