Ciné & Animation07/18/2026

L’Odyssée : Nolan filme un homme, pas un mythe

Nolan raconte L'Odyssée comme si les dieux pouvaient s'expliquer. C'est sa plus belle réussite et sa seule vraie limite.

Deux heures cinquante-trois de mer, d'IMAX et de visages fatigués. Nolan n'adapte pas Homère, il en fait un film de Nolan.

Par

Devil

Rédacteur chez SpiritGamer

Devil, fondateur de SpiritGamer. Zelda et Halo dans le sang depuis toujours, mais sinon je joue à tout, manette en main ou pas. Si un article vous a fait grincer des dents, c'est probablement le mien.

À savoir
TypeFilm
Studio / diffuseurUniversal Pictures (production Syncopy)
Sortie / diffusion15 juillet 2026
Où voirAu cinéma (IMAX 70 mm, 70 mm, numérique)
Bande-annonceVoir la vidéo
EN BREF

Ce qu’il faut retenir

Un film pensé pour la salle, où l'échelle n'est pas un argument marketing mais le sujet même. Un Ulysse joué à contre-emploi par Matt Damon : pas un héros, un homme usé par dix ans de guerre. Un parti pris réaliste assumé jusqu'au bout, qui rend le récit crédible mais rabote une partie de sa folie.

Notre positionGrand film bancal. Trop long, trop explicatif, trop raisonnable pour un récit qui appelait de la démesure. Mais quand Nolan se lâche, il n'y a pas grand-chose à

Il y a des films dont on sait, dès le premier plan large, qu’ils n’ont pas été pensés pour votre télé. L’Odyssée en fait partie. Nolan a vu très grand, et ça se voit immédiatement : la mer occupe tout l’écran, les bateaux paraissent minuscules, et Ulysse, roi, guerrier, stratège, finit régulièrement réduit à un point au milieu du cadre. Ce n’est pas de la démonstration technique gratuite. C’est le propos du film, posé en image avant d’être posé en mots.

Parce que cet Ulysse-là n’est pas un demi-dieu grec invincible. C’est un homme qui en a trop vu.

Matt Damon, le bon choix qu’on n’attendait pas

J’avais un doute au départ. Damon en Ulysse, sur le papier, ça ne s’impose pas. À l’arrivée, c’est probablement la meilleure décision de casting du film. Il ne joue pas la stature, il joue l’usure. Un type marqué par dix ans de guerre, qui traîne ce qu’il a fait et ce qu’il a vu, et qui n’a plus qu’une obsession : rentrer.

Et c’est là que le film devient intéressant. La vraie question n’est pas de savoir s’il va réussir à traverser la mer. C’est de savoir si, après tout ça, il peut encore redevenir celui qu’il était en partant. Rentrer physiquement, d’accord. Mais rentrer vraiment ?

On reconnaît les obsessions habituelles de Nolan : la famille, le temps qui abîme, la culpabilité, l’homme prêt à traverser l’impossible pour retrouver les siens. Il ne s’agit pas d’une adaptation scolaire d’Homère. Nolan prend L’Odyssée et en fait un film de Nolan, avec ses thèmes, ses manies, sa façon de tout ramener à l’intime.

Le casting, lui, est presque indécent. Tom Holland en Télémaque, Anne Hathaway en Pénélope, Robert Pattinson en Antinoos, sans compter Zendaya et Charlize Theron. Le genre de liste qui fait craindre le défilé de vedettes, où l’on voit l’acteur avant le personnage. Ça tient, globalement. Personne ne tire la couverture, personne ne vient jouer sa petite scène d’Oscar dans son coin.

Un monde qu’on croit, peut-être trop

Le plus grand atout du film, c’est sa matière. Rien de propre, rien de lisse, rien qui ressemble à de la mythologie sous vitrine. Les lieux sont physiques, les bateaux sont lourds, les visages sont sales. On y croit. Et parce qu’on y croit, quand le mythologique finit par débouler, ça fonctionne d’autant mieux : le merveilleux frappe fort parce que tout le reste est crédible.

Sauf que ce choix a un prix, et c’est ma vraie réserve sur le film.

L’Odyssée, à la base, c’est un récit dingue. Des monstres, des dieux qui interviennent, des mondes impossibles. Nolan veut tellement rendre tout ça concret et tangible qu’il rabote une partie de la folie. Il y a des moments où j’attendais qu’il lâche complètement les chevaux, et où il garde les pieds sur terre. C’est Nolan jusque dans le mythe : même quand il filme l’impossible, il lui faut une explication qui tienne debout. Les spectateurs venus chercher le merveilleux brut du texte original risquent de rester sur leur faim.

Côté image, en revanche, aucune discussion possible. Hoyte van Hoytema signe encore une fois un travail énorme, avec des plans qui se gravent. Et l’IMAX sert réellement à quelque chose, ce n’est pas l’argument collé sur l’affiche : l’échelle change physiquement la sensation de la scène. Même chose pour le son, et pour la musique de Ludwig Göransson qui accompagne sans écraser. Ce film perdra une partie de sa force sur un écran de salon, c’est mathématique.

L'ODYSSÉE | Bande-annonce officielle VF

Ce qui coince

Presque trois heures, et oui, on les sent parfois. Pas pendant les grandes séquences, où le temps disparaît complètement. Mais entre certaines étapes, le rythme s’étire. Quelques passages où l’on se surprend à vouloir pousser le film vers l’avant.

Et puis il y a ce défaut tenace chez Nolan : le besoin d’expliquer. L’image dit quelque chose, très bien, avec clarté, et un dialogue arrive derrière pour redire la même idée à voix haute. Un peu de confiance envers le spectateur ne ferait pas de mal. Ça ne ruine jamais le film, mais ça alourdit des moments qui n’avaient besoin de rien.

Ce qui reste

Le plus frappant, c’est que malgré le budget, les paysages, les créatures et les séquences monumentales, le cœur du film tient en une phrase. Un homme veut rentrer chez lui. Et plus le voyage prend de l’ampleur, plus cette idée simple devient forte. C’est exactement l’inverse de ce qui arrive d’habitude aux grosses productions, où l’échelle finit par écraser le sujet.

Ce n’est pas le film parfait que certains annoncent, et ce n’est pas non plus le Nolan mineur que d’autres décrivent. C’est un grand film bancal : trop long par endroits, trop explicatif ailleurs, trop raisonnable pour un récit qui appelait de la démesure. Mais quand il se lâche, il n’y a pas grand-chose à mettre en face cette année.

Et sur un point nous sommes catégoriques : ce film se voit en salle, si possible en IMAX. Attendre la sortie vidéo, c’est accepter de voir un autre film, plus petit.

À vousGrand film bancal, trop long et trop explicatif. Mais quand Nolan se lâche, rien ne tient la comparaison cette année.