Ce qu’il faut retenir
Le thème de Halo a été écrit en moins d'une semaine pour la démo présentée par Steve Jobs à la Macworld du 21 juillet 1999, quand Halo devait sortir sur Mac et PC. Marty O'Donnell l'a imaginé en voiture, en faux chant grégorien bâti sur Yesterday, et l'a enregistré avec les chanteurs du jingle de Monsieur Propre.
Légendes, notre rubrique sur la naissance des grands jeux. Quand une licence culte revient ou fête un anniversaire, on remonte aux témoignages de ceux qui l’ont créée, sources datées à l’appui.
Les moines qui chantent au début de chaque Halo sont des chanteurs de publicité, ceux du jingle de Monsieur Propre. Le thème a été écrit en moins d’une semaine, pour une démo de jeu Mac que Steve Jobs présentait le 21 juillet 1999 à New York. Halo fête ses 25 ans le 15 novembre 2026, et on a repris l’histoire de sa musique avec deux témoignages de son compositeur, Marty O’Donnell : une interview publiée en 1999, quelques jours après la présentation, et l’entretien de plus de deux heures qu’il a donné en 2020 à The Game Maker’s Notebook, le podcast de l’Academy of Interactive Arts & Sciences. Voici ce qu’ils racontent, preuves à l’appui.
Les moines sont les chanteurs de Monsieur Propre
Pour les voix, O’Donnell ne fait pas appel à un chœur d’église. Il rappelle les chanteurs du jingle de Monsieur Propre (Mr. Clean aux États-Unis), que son studio de Chicago enregistrait alors pour la télévision. Il l’a raconté en 2020 : il les avait déjà fait chanter dans des pastiches grégoriens pour d’autres pubs, notamment pour le groupe financier Principal Financial Group, et savait qu’ils tiendraient la note. Les voix graves qui ouvrent chaque Halo depuis plus de vingt-cinq ans sortent donc d’une réclame pour un produit ménager.
Le reste est moins bricolé qu’on pourrait le croire. Les cordes sont jouées par des musiciens du Chicago Symphony Orchestra et de l’orchestre du Lyric Opera de Chicago, complétées par des synthétiseurs. Tout est enregistré sur Mac, avec Studio Vision et Pro Tools, puis fini au studio Hinge Recording, à Chicago.
Le compositeur chante lui-même dans le chœur
La preuve date de 1999. Quelques jours après la présentation, O’Donnell répond aux questions de halo.bungie.org, le site de fans historique de Bungie, et donne la distribution du chœur : Mike Salvatori, son associé au studio, trois autres chanteurs et lui. La page est toujours en ligne, avec son design d’époque.

Il y résume aussi la recette : chant grégorien, orchestre à cordes, percussions et un peu de voix qawwali, le chant soufi du Pakistan. Cette voix aiguë qui plane au-dessus des cordes serait aussi la sienne. Dans le documentaire officiel Remaking the Legend, il raconte qu’il comptait confier le solo à l’un des chanteurs, et que ce sont eux qui lui ont conseillé de garder sa propre démo.
Halo s’est d’abord appelé Monkey Nuts
Le 21 juillet 1999, à la Macworld Expo de New York, Steve Jobs fait monter sur scène Jason Jones, cofondateur de Bungie, pour montrer un jeu que personne n’a encore vu. Bungie est alors un studio de Chicago connu des joueurs Mac pour Marathon et Myth. Halo doit sortir sur Mac et PC, et la démo tourne en temps réel sur un Macintosh, en vue à la troisième personne.

Le nom affiché sur l’écran géant n’est pas le premier. D’après le livre officiel The Art of Halo, publié en 2003, le projet s’est d’abord appelé Armor, jugé trop banal, puis Monkey Nuts. Jason Jones n’arrivait pas à dire à sa mère qu’il travaillait sur un jeu nommé Monkey Nuts : le projet est devenu Blam!, avant Halo. Le mot a survécu, Bungie s’en est longtemps servi pour censurer les gros mots sur son site.
La musique a été finie deux jours avant la keynote
Dans l’interview de 1999, O’Donnell écrit que Joseph Staten et lui ont parlé du morceau moins d’une semaine avant la Macworld. Ils y travaillent le week-end, enregistrent la version finale le lundi matin, et la bande part pour New York le soir même. Personne chez Bungie ne l’avait entendue avant ce lundi après-midi. La keynote a lieu le mercredi. Vingt et un ans plus tard, il se souvient d’une commande arrivée un jeudi pour un mardi : la mémoire arrondit, le délai reste le même.
Staten, le scénariste chargé d’écrire la démo, ne sait même pas dire combien de temps elle durera. Deux ou trois minutes, peut-être. O’Donnell compose donc un morceau qu’il pourra raccourcir au dernier moment, en studio. Du jeu, il connaît le Warthog, avec sa tourelle qui tangue à l’arrière, et un lance-roquettes. Pas encore d’histoire ni de Master Chief, dit-il : l’armure est là, mais le personnage et son nom viendront plus tard. Staten lui donne une seule consigne : la musique doit sonner antique, épique et mystérieuse (« ancient, epic and mysterious »).

O’Donnell n’est pas encore salarié de Bungie. Avec Salvatori, il dirige un studio qui vit des jingles publicitaires et qui a déjà signé la musique de Myth. Il connaît pourtant le jeu de l’intérieur : en 1999, il précise avoir fait tout le son de la démo secrète montrée à l’E3, en mai.
Leur studio venait de brûler
Le studio d’O’Donnell et Salvatori a brûlé quelques mois plus tôt. En attendant d’en reconstruire un, les deux associés travaillent dans le sous-sol de la maison de Salvatori. C’est en roulant vers chez lui, raconte O’Donnell en 2020, que la mélodie arrive : au volant, il passe en revue les chants grégoriens qu’il connaît. Il en a chanté beaucoup, étudiant, dans l’ensemble de musique ancienne de son université.
Le chant grégorien est un faux, bâti sur Yesterday
Antique, pour lui, veut dire chant grégorien. Il le dit sans détour : c’est à cause de ce mot de Staten qu’il y a des moines dans Halo, parce que ce chant évoque l’ancien dès la première note. Sur la route, il pense aussi à Yesterday, des Beatles. De la chanson, il ne retient que la charpente : quatre phrases, un seul point haut, un seul point bas.
Sur ce squelette, il écrit un air en mode dorien qui sonne comme un chant d’église sans en être un. Ce chant n’existe dans aucun recueil, précise-t-il. C’est un faux, écrit pour la démo. À l’arrivée, il le chante à Salvatori, qui lui répond que ça marche. Reste à y coller la seconde moitié du morceau : un passage d’orchestre épique, avec des cordes qui galopent et des percussions.
Dix jours chez Bungie avant l’offre de Microsoft
O’Donnell devient salarié de Bungie le 1er mai 2000. Le 10 mai, le studio montre une démo de dix minutes à l’E3, et c’est là, raconte-t-il, que Microsoft fait savoir qu’il veut racheter Bungie. Il vient d’arriver. Alex Seropian, cofondateur et patron du studio, lui laisse le choix de rester à Chicago. O’Donnell part pour Seattle, persuadé de rentrer au bout d’un an ou d’un an et demi : il ne pouvait pas lâcher Halo, dit-il.
Le rachat est annoncé le 19 juin 2000. Le communiqué de Microsoft, toujours en ligne, cite Halo dès le premier paragraphe, et Seropian y parle d’aider à définir la plateforme Xbox (« helping define the Xbox platform »).

Halo devient un jeu de tir à la première personne et sort le 15 novembre 2001, avec la première Xbox. Le morceau écrit pour la scène de Steve Jobs ne bouge pas : O’Donnell garde les moines et l’orchestre dans toutes les bandes-annonces suivantes, puis dans le jeu. Halo: Campaign Evolved, sorti le 28 juillet 2026, les garde encore.
Il a fini à Abbey Road avec Paul McCartney
Dix ans après la Macworld, Joseph Staten remonte sur une scène. À l’E3 2009, il présente Halo 3: ODST pendant la conférence de Microsoft, un épisode pour lequel il avait encore soufflé l’ambiance à O’Donnell : du film noir, avec un saxophone. Juste après lui, Paul McCartney et Ringo Starr arrivent pour lancer The Beatles: Rock Band. O’Donnell se souvient s’être dit que c’était le plus près des Beatles qu’il serait jamais.
Il se trompait. Quand Bungie laisse Halo pour préparer Destiny, le contact qui aidait le studio à recruter des acteurs à Los Angeles lui suggère de travailler avec Paul McCartney. O’Donnell commence par en rire. McCartney accepte, sans réclamer d’argent selon lui. Ils travaillent ensemble en 2011 et 2012, enregistrent les dernières sessions à Abbey Road en décembre 2012, et Destiny sort en septembre 2014.
Treize ans après avoir emprunté la charpente de Yesterday pour faire chanter des moines sur une démo Mac, O’Donnell enregistrait dans le studio des Beatles avec celui qui l’avait écrite.
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