Ce qu’il faut retenir
Depuis un an, on vous parle du prix de la RAM. Trente-deux gigaoctets qui coûtent plus cher qu’une console, les SSD qui grimpent, les cartes graphiques qui suivent. Ce qui arrive maintenant est différent, et plus insidieux.
Il existe des mémoires dont vous n’avez jamais entendu parler et que vous utilisez tous les jours. Elles ne stockent pas vos jeux : elles contiennent le programme qui démarre l’appareil. Votre box internet en a une. Votre manette aussi. Votre carte mère, votre volant, votre voiture, l’automate de votre usine.
Ces puces-là sont en train de devenir introuvables.
Le mécanisme, et il est imparable
Un fabricant de mémoire dispose d’un nombre limité de lignes de production. Sur une même galette de silicium, il peut produire de la mémoire grand public ou ces puces d’amorçage.
La première rapporte plusieurs fois plus que la seconde. Face à une demande d’intelligence artificielle qui absorbe tout ce qu’on produit, le choix ne se pose même pas : on réoriente les lignes vers ce qui rapporte, et on laisse tomber le reste.
Normalement, un prix qui monte attire de nouveaux producteurs. Pas ici. Ce marché pèse probablement moins d’un milliard de dollars par an dans le monde, une paille à l’échelle du secteur. Personne ne va construire une usine pour ça, d’autant qu’il faut aujourd’hui plus d’un an pour recevoir les équipements nécessaires.
Résultat : le prix monte, l’offre ne bouge pas, et les analystes qui suivent le secteur parlent d’une pénurie d’au moins deux ans.
Ce que ça change pour vous, concrètement
Rien tout de suite, et c’est ce qui rend le sujet difficile à raconter.
Ces puces coûtent quelques euros dans des appareils qui en coûtent plusieurs centaines. Leur prix qui double ne double pas le prix de votre routeur. Mais il s’ajoute à tout le reste, et surtout il crée de la pénurie : certains clients ne sont déjà servis qu’aux trois quarts de ce qu’ils commandent.
Sur des produits à faible marge, un composant devenu rare se traduit rarement par une hausse affichée. Il se traduit probablement par un modèle qui disparaît du catalogue, une nouvelle version repoussée de six mois, ou un appareil qu’on ne remplace pas quand il tombe en panne.
C’est moins spectaculaire qu’une carte graphique à six mille euros. C’est aussi beaucoup plus large.
Pourquoi on vous en parle maintenant
Parce que c’est le moment où on peut encore le lire comme une tendance, avant de le subir comme un fait.
Depuis un an, chaque hausse de prix dans le matériel informatique a la même origine : les capacités de production partent vers l’intelligence artificielle. La RAM, les SSD, les cartes graphiques, et maintenant des composants dont personne ne connaissait le nom.
Ce n’est plus une série d’accidents. C’est une réaffectation générale de l’industrie, et le joueur la paie à chaque étage.
Méthode
Les chiffres de cet article viennent du cabinet TrendForce, qui anticipe entre 120 et 170 pour cent de hausse supplémentaire sur la SLC NAND au second semestre, après plus de 100 pour cent au premier. L’écart de rentabilité entre une galette de mémoire grand public et une galette de SLC, ainsi que les délais d’équipement de douze à quinze mois, viennent de la même source. Les estimations de durée de la pénurie viennent de Morgan Stanley et JPMorgan. L’ordre de grandeur du marché, sous le milliard de dollars par an, est attribué au cabinet Objective Analysis.
Aucune action à prendre de votre côté. Si vous prévoyez de changer de box, de routeur ou de périphérique dans les mois qui viennent, surveillez plutôt les disparitions de références que les étiquettes de prix.
