Ce qu’il faut retenir
Vous jouez peut-être à Candy Crush sans savoir qui le fabrique. C’est King, un studio suédois racheté par Activision Blizzard, lui-même racheté par Microsoft. Environ cinq cent cinquante personnes travaillent pour lui en Suède, à Stockholm et à Malmö.
Le 25 septembre au matin, une partie d’entre elles doit cesser le travail.
Ce qui se joue, et pourquoi ça ne parle pas de salaire
Le conflit ne porte pas sur une augmentation. Il porte sur la signature d’une convention collective, ce que les Suédois appellent un kollektivavtal.
Il faut un mot d’explication, parce que ça ne fonctionne pas comme chez nous. En Suède, il n’existe pas de salaire minimum fixé par la loi, et l’État n’étend pas les accords de branche. Tout, absolument tout, se règle par la négociation entre syndicats et employeurs. Une entreprise qui ne signe pas de convention ne contourne pas une formalité administrative : elle sort du mécanisme qui fixe les conditions de travail dans le pays.
C’est pour ça que le refus de King est une anomalie. Près de neuf salariés suédois sur dix sont couverts par une convention collective. Dans le privé, c’est plus de huit sur dix. King fait partie du reste.
Ce que dit l’entreprise, et ce qu’elle a dit en interne
La version officielle est signée Ulrika Höjgård, directrice des opérations par intérim. En substance : King offre des conditions d’emploi justes et compétitives, et l’entreprise est convaincue que ses avantages et ses conditions sont au niveau de ce qu’apporterait une convention collective, voire au-dessus.
C’est un argument recevable. Il existe des entreprises qui paient mieux que leur branche.
Il y a un autre argument, moins cité, et il vient d’un courriel interne de Todd Green, président de King, envoyé en juin. Nous n’en connaissons que des extraits, publiés par Kotaku : la décision n’aurait pas été prise à la légère, et l’entreprise craindrait que la mise en conformité avec une convention dégrade des avantages maison, arrêt maladie longue durée, retraite, congé parental et accès à des soins privés.
Les deux affirmations sont difficiles à tenir ensemble. Si les conditions maison dépassent déjà ce qu’une convention garantirait, signer ne devrait rien changer.
Où en est le conflit
La demande formelle de négociation date de mai 2025. Seize mois, donc, sans accord.
L’origine du mouvement est plus ancienne et assez révélatrice : la syndicalisation chez King a démarré fin 2024, après la suppression de l’accès à un médecin privé. Ce n’est pas un conflit né d’une revendication salariale, c’est un conflit né d’un avantage retiré.
Le préavis du 15 septembre a été déposé conjointement par deux syndicats, Unionen et Sveriges Ingenjörer, Sveriges Ingenjörer annonce une centaine d’adhérents concernés, et Unionen dit sortir tous les siens, les deux syndicats estimant la syndicalisation à environ 80 % de l’effectif. La grève prévue est un arrêt total, à partir du vendredi 25 septembre à cinq heures.
Le 17 septembre, trois syndicats supplémentaires ont déposé des préavis de solidarité : Naturvetarna, DIK et Akademikerförbundet SSR. DIK et SSR annoncent le 29 septembre à cinq heures dans leurs propres communiqués ; Naturvetarna ne donne pas sa date. Les syndicats disent avoir saisi le Medlingsinstitutet, l’autorité suédoise de médiation, qui n’a pas confirmé publiquement la désignation d’un médiateur.
Le silence qui pose question
Microsoft n’a fait aucune déclaration sur ce conflit.
C’est d’autant plus notable qu’Unionen écrit dans son communiqué que les activités suédoises de Microsoft sont couvertes par une convention collective. Autrement dit, le groupe signe ailleurs dans le pays, mais pas chez King.
Un contre-argument existe et il est honnête : Microsoft a signé en 2022 un accord de neutralité syndicale, mais il porte sur les États-Unis et n’engage rien juridiquement en Suède. Ça n’explique pas pourquoi une filiale ferait exception dans un pays où le reste du groupe a signé.
Dernier élément de contexte, et il pèse : King a perdu environ deux cents postes en juillet 2025, dans le cadre du plan de suppressions annoncé par Microsoft. Le chiffre et le détail des équipes viennent d’une enquête de MobileGamer.biz appuyée sur des sources internes, pas d’un communiqué de l’éditeur, et les coupes touchaient aussi Londres, Barcelone et Berlin. Les équipes touchées étaient le level design, l’expérience utilisateur, la recherche utilisateur, l’écriture et l’assurance qualité. Un an plus tard, ceux qui restent demandent un cadre écrit.
Méthode
Les données de couverture syndicale viennent du Medlingsinstitutet, l’institut suédois de médiation, sur ses chiffres 2025 : 88 % des salariés suédois âgés de 18 à 68 ans sont couverts par une convention collective, 83 % dans le secteur privé, et la totalité des agents publics. L’effectif d’environ 550 salariés suédois de King est celui communiqué par Sveriges Ingenjörer et repris par la télévision publique suédoise le 15 septembre. Le nombre exact de grévistes n’est pas public.
La grève est prévue à partir du vendredi 25 septembre 2026 à cinq heures du matin, sur les sites suédois de King. Une médiation est en cours et peut encore l’éviter. Rien n’indique que le service des jeux soit interrompu.
