Cet été, nous vous parlions de la campagne Ulule lancée par un auteur de comics de notre région pour financer le tome 3 de Coq-Man et Poussin. La campagne a réussi, financée à 355 %, et la sortie approche. Nous sommes retournés voir son auteur, Cyrille Munaro, pour parler de ses débuts, de ses influences et de la suite de ses poulets super-héros.
Un dessinateur autodidacte
SpiritGamer
Bonjour Cyrille, et félicitations pour cette campagne Ulule réussie. Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Cyrille Munaro
La campagne est modeste, mais ça m’a fait plaisir de la voir aboutir en 24 heures ! Merci à mes fidèles fans d’avoir répondu présent. Alors, qui je suis ? Un jeune dessinateur pas connu depuis des années, qui commence à devenir vieux.
SpiritGamer
D’où te vient la passion du dessin ?
Cyrille Munaro
Je dessine depuis tout petit : avant même de savoir écrire, je gribouillais. Mon père achetait Pif Gadget à mon frère et à ma sœur, plus âgés que moi. Quand je suis né, il y avait déjà un placard plein de BD, et dès que j’ai pu aller les regarder seul, je m’en suis mis plein les yeux. Puis il y a eu Goldorak à la télé, qui a eu droit à son propre journal en France. Je trouvais les combats trop courts, alors je me suis mis à en dessiner dans des cahiers : c’est peut-être de là que ça m’est venu.
Les super-héros commençaient aussi à arriver : Spider-Man en dessin animé à la télé, Superman au cinéma, et ils avaient leurs journaux. Les dessins animés japonais se multipliaient, Albator avait lui aussi son journal français, et il y avait Captain Fulgur, avec beaucoup d’histoires de SF et d’articles sur la BD fantastique. L’un d’eux présentait un personnage qui m’a plu tout de suite : Captain America. Il avait une série d’albums en kiosque, dans sa période la plus musclée, de la bonne bagarre comme j’aimais. Je m’inspirais de ses scènes d’action, et c’est par lui que j’ai connu l’univers Marvel, puis Strange, Nova, Spidey, Titans… J’ai commencé à lire les comics traduits par Sagédition, Arédit et Lug à l’époque. On avait du lourd à se mettre sous la dent. Plus tard, j’ai découvert le journal de Spirou, puis Fluide Glacial. Tous ces bons auteurs ont fini par m’influencer, et mon cerveau a assimilé leur façon de faire pour arriver à la mienne.
SpiritGamer
As-tu suivi une formation pour apprendre à dessiner ?
Cyrille Munaro
Non, je suis plutôt autodidacte. J’ai appris en regardant les pages des BD qui me plaisaient. J’ai passé un CAP de dessinateur en publicité en 1992 qui, à part m’apprendre à utiliser de nouveaux outils, ne m’a pas servi à grand-chose. On nous montrait comment travailler à l’ancienne, comme dans les années 1970 et 1980, alors que les agences de pub passaient déjà à l’informatique. On a eu un ordinateur en deuxième année, un seul pour une vingtaine d’élèves, et les profs ne savaient pas mieux s’en servir que nous. Bah, on s’est quand même bien marrés pendant ces deux années de lycée, et j’y ai parfait ma culture manga auprès de potes très calés sur le sujet.
La naissance de Coq-Man et Poussin
SpiritGamer
Quand t’est venue l’envie de créer Coq-Man et Poussin, et d’écrire des comics ?
Cyrille Munaro
J’ai toujours écrit des histoires. Au collège, nos profs de français nous donnaient un début d’histoire et on devait imaginer la suite. J’adorais ça, et j’étais plutôt doué pour trouver des chutes inattendues. Ça me vient de La Quatrième Dimension de Rod Serling, qui m’a beaucoup influencé. Pour la narration, je m’inspirais de Frank Miller, très polar et très cinématographique. Je combinais leurs styles, et j’avais de très bonnes notes.
Pour Coq-Man et Poussin, j’ai fait en 1998 un simple dessin parodique de Batman et Robin, avec cette question : « Et si Bruce Wayne n’était pas tombé dans une grotte infestée de chauves-souris, mais dans un poulailler ? » Je les avais dessinés avec un costume de poulet et de poussin. L’idée d’en faire une histoire à part est venue vite. Sans être une parodie de Batman, c’est plutôt un pastiche de super-héros avec acolyte, avec son propre vécu et ses propres ennemis. Un super-héros du réel, comme Kick-Ass ou les Mystery Men, avec le cui… euh, le QI d’OSS 117.
En 2000, j’ai réalisé une histoire qui finissait mal pour eux. Pendant que je la dessinais, j’ai eu l’idée pour les sortir de ce mauvais pas, j’ai écrit cette suite, et je ne l’ai réalisée que deux ans plus tard. D’autres idées sont venues, j’ai pris des notes et pris mon temps pour les dessiner. Et le one shot est devenu ma série.
SpiritGamer
Une personne de la rédaction adore tes ouvrages : peut-on espérer de nouveaux tomes de Gagorak ?
Cyrille Munaro
J’ai des idées pour au moins cinq tomes, avec une conclusion, un gros final qui dépote. Mais il me faudrait beaucoup de temps, que je n’ai pas. Si je peux les faire malgré tout, je ne me gênerai pas, même si les parodies ne semblent plus être dans l’air du temps !
Le tome 3 et la suite
SpiritGamer
As-tu commencé à plancher sur un tome 4 de Coq-Man et Poussin ?
Cyrille Munaro
Il est déjà écrit ! J’avais écrit une histoire d’une vingtaine de pages en 2015, mais je n’ai eu ni le temps ni l’énergie de la réaliser. Je l’ai mise de côté pour passer à mon histoire d’Halloween, imaginée avant mais développée après. Je suis revenu brièvement sur le 4 et j’ai étalé le scénario sur une quarantaine de pages, pour une narration plus aérée et des scènes moins serrées.
SpiritGamer
Quelles difficultés as-tu rencontrées en écrivant et en dessinant le tome 3 ?
Cyrille Munaro
J’avais le thème en tête depuis des années. Je prenais des notes sur des bouts de papier, des feuilles, et je rangeais tout dans un classeur. Parfois, je réécrivais les mêmes idées et je me rendais compte que les développements étaient presque identiques, alors je gardais l’idée générale. J’ai accumulé plein de scènes, je voulais tout garder, et j’ai presque tout gardé. Le plus dur a été de les mettre dans l’ordre. Quoi avant quoi ? Certaines scènes s’enchaînaient logiquement, d’autres pas. Un vrai puzzle, sans modèle pour s’y fier ! Mais j’aime écrire, ça ne m’a pas gêné de me faire des nœuds au cerveau.
Une fois l’ordre établi, il fallait des liens entre certaines scènes. Ça n’a pas été facile non plus, mais j’ai aimé chercher, tourner et retourner les scènes dans ma tête. Et comme j’ai carte blanche pour le scénario, j’ai tout développé et rien supprimé : j’étais libre de faire une histoire courte ou longue. Je pensais au début qu’elle ferait une soixantaine de pages, mais en développant les dialogues et les passages, j’ai vu au moment du calibrage que ça n’allait pas être de la tarte. Au final, j’ai dessiné leur plus grosse aventure, et la plus barrée.
SpiritGamer
En dehors de ces deux séries, as-tu d’autres projets ?
Cyrille Munaro
D’autres volumes de mes poulets, j’aurais de quoi en faire trois autres, une BD humoristique pour enfants et une autre, plus sérieuse, dans un style réaliste sur les arts martiaux. Mais pour ça, il me faudrait une énergie que je n’ai pas encore retrouvée.
SpiritGamer
Merci pour tes réponses. Rendez-vous chez Wanga Comics pour ceux qui veulent rattraper leur retard.
Cyrille Munaro
Merci à toi pour ton intérêt.
Où trouver Coq-Man et Poussin
- La page Facebook officielle de la série, pour suivre son actualité.
- Le tome 3 dans la boutique de Wanga Comics, pour ceux qui ont raté la campagne Ulule.
- Toute la série dans la même boutique.
- Le blog de Cyrille Munaro, avec des infos sur ses créations et des séquences d’humour, à ne pas prendre au premier degré.
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