Ce qu’il faut retenir
Le coffret GTA VI à 399,99 dollars ne contient ni le jeu ni rien d'utilisable en jeu : près de la moitié de sa valeur tient dans une paire d'Oakley et une casquette New Era. À l'addition, le prix se tient. Mais les éditions collector de GTA IV en 2008 et de GTA V en 2013 contenaient le jeu, avec un artbook, une carte ou la musique, pour 90 à 150 dollars. En dix-huit ans, Rockstar a remplacé les objets du jeu par des marques.
Sur la page du Rockstar Store, sous la liste des onze objets, une ligne est en gras : le jeu Grand Theft Auto VI est vendu séparément. Elle a le mérite de la franchise, et elle dit l’essentiel. Rockstar a ouvert le 24 septembre les précommandes de The Goodtime State – Vice City Collection, un coffret à 399,99 dollars aux États-Unis, vendu dans la limite des stocks et expédié à partir du 19 novembre. Pas de disque, pas de code, pas de bonus en jeu. Pour une série qui a longtemps soigné ses éditions collector, c’est un tournant. Il mérite qu’on regarde ce qu’il y a dans la boîte, ce qu’elle vaut, et ce que Rockstar y mettait avant.
Ce qu’il y a dans la boîte
Le coffret tourne autour de Macca the Gator, un alligator vedette d’une émission de télévision du jeu. Il contient une petite figurine en vinyle de Macca, dont le socle se dévisse pour servir de cachette, une paire d’Oakley Frogskins, une sacoche bandoulière, une casquette New Era 9FORTY, un miroir magnétique rose, un verre à shot à l’effigie de Chunkee the Manatee, une cuillère à cocktail, un porte-clés en forme de lame de rasoir, neuf pin’s dans une boîte en métal, neuf autocollants et un poster double face, avec la carte de Leonida au dos.
La fiche le range dans les objets pour adultes, 18 ans et plus, avec la mention « Pas un jouet » (« Not a toy »). Et sur la page de Rockstar, tous les fichiers d’images commencent par « GTAVI_CE », les initiales habituelles de Collector’s Edition. L’éditeur sait très bien sur quelle étagère il destine ce produit.
À l’addition, le prix se tient
Soyons honnêtes : pris objet par objet, le coffret ne vole pas son prix. Les Oakley Frogskins à verres Prizm Sapphire sont vendues 143 euros sur la boutique française d’Oakley. Une casquette New Era 9FORTY se vend une quarantaine d’euros. À elles deux, près de la moitié du prix. Ajoutez une sacoche, une figurine, un miroir, neuf pin’s et le reste au tarif habituel des produits dérivés sous licence, et l’addition finit sans doute pas loin des 399,99 euros demandés en France.
On peut contester le principe. Une casquette ne coûte pas 40 euros à fabriquer, et un logo GTA VI brodé dessus n’en change pas la matière. Mais c’est le prix du marché, et Rockstar n’a rien inventé. Ce qu’il a choisi, c’est le contenu. Oakley et New Era apportent leur nom, Rockstar son logo, et chacun profite du public de l’autre : le coffret fonctionne comme un partenariat de marques. Ce qui vient réellement du jeu, Macca, la carte de Leonida, les pin’s, en est la partie la moins chère.
Ce que Rockstar mettait dans ses boîtes
Rockstar a longtemps été l’éditeur des belles boîtes, et c’est justement pour ça que celle-ci déçoit.
En 2008, l’édition spéciale de GTA IV coûtait 89,99 dollars. Dans un coffre-fort en métal qui fermait à clé, on trouvait le jeu, un artbook de production, un CD de musique du jeu avec des titres inédits, un porte-clés et un sac de sport Rockstar.
En 2013, l’édition collector de GTA V coûtait 149,99 dollars. Elle contenait le jeu dans un steelbook, une carte de Los Santos façon plan d’architecte, un sac de dépôt bancaire tiré des braquages du jeu, du contenu en jeu, et déjà une casquette New Era. Une casquette de la même marque, avec le jeu, pour moins de la moitié du prix actuel.
En 2018, Red Dead Redemption 2 franchit un premier cap : son Coffret du collectionneur, vendu 99,99 dollars, ne contient plus le jeu. Chaque objet y renvoie pourtant encore, jusqu’à une carte au trésor qui mène à de vraies caches dans la partie et une réplique du catalogue Wheeler, Rawson and Co. qu’on feuillette en jeu.
En 2026, GTA VI : 399,99 dollars, pas de jeu, rien qui serve dans le jeu, et deux produits de marque pour porter le prix. Même corrigés de l’inflation, les coffrets de GTA IV et de GTA V restent loin de ce montant, et eux contenaient de quoi jouer.
La pente est nette. L’artbook, le CD, la carte utile manette en main ont disparu un par un. À leur place, des lunettes et une casquette. Les objets du jeu ont reculé, les marques ont avancé.
La musique a droit à son disque
Le plus cruel reste le CD. En 2008, la musique de GTA IV était dans la boîte. Pour GTA VI, Rockstar presse sa bande originale en vinyle et en CD, vendus à part, alors que le jeu sort en boîte avec un simple code de téléchargement, sans disque : nous l’avons détaillé le 23 septembre. Un éditeur qui presse des disques pour la musique de son jeu sait presser des disques. Il a choisi de ne pas en mettre dans la boîte du jeu.
On attendait mieux
Ceux qui commanderont ce coffret savent ce qu’ils achètent : la mention est en gras, et c’est leur argent. Le reproche va à Rockstar. Pour le jeu le plus attendu de la décennie, on pouvait espérer une vraie édition collector, avec le jeu sur disque, un artbook, une carte de Leonida qui serve en jeu, la musique dans la boîte comme en 2008. Tout ce que Rockstar savait faire, et qu’il vend désormais en pièces détachées.
Les joueurs qui ont gardé le coffre-fort de GTA IV sur une étagère se souviennent de ce qu’il y avait dedans. Du coffret de GTA VI, on retiendra surtout ce qui n’y est pas.
