Ce qu’il faut retenir
En 1914, un étudiant d’Oxford de vingt-deux ans lit une traduction du Kalevala, le recueil de chants populaires finlandais compilé au dix-neuvième siècle. Un personnage le retient, Kullervo : un orphelin maudit, vendu comme esclave, qui se venge et finit par se jeter sur son épée.
Il décide de réécrire son histoire à sa façon. Il ne la finira jamais.
Quelques années plus tard, le même étudiant sera dans les tranchées de la Somme, et il commencera à écrire les récits qui deviendront Le Silmarillion. Il dira plus tard de ce texte abandonné qu’il était le germe de tout ce qui a suivi.
Ce que contient le livre
Un récit inachevé, donc, accompagné de l’appareil critique qui permet de le lire. Le texte a été établi par l’universitaire américaine Verlyn Flieger, qui l’avait d’abord publié en 2010 dans une revue spécialisée, avant une édition anglaise grand public en 2015.
La version française arrive onze ans plus tard, traduite par Aurélien Blanchard, chez l’éditeur historique de Tolkien en France.
Pourquoi ça vaut le détour, et pour qui
Il faut être honnête sur ce que ce livre n’est pas. Ce n’est pas un récit de la Terre du Milieu, ce n’est pas terminé, et ça ne se lit pas comme un roman.
Ce que c’est, en revanche, est plus intéressant qu’un inédit de catalogue. On y voit les motifs qui structureront toute l’œuvre à venir apparaître pour la première fois, déjà tous présents : la malédiction héréditaire, l’inceste involontaire, la vengeance, la mort par l’épée. Túrin Turambar, le personnage le plus noir du Silmarillion, est déjà là sous un autre nom.
Pour un lecteur qui a aimé Les Enfants de Húrin, c’est la matrice. Pour quelqu’un qui n’a lu que Le Seigneur des Anneaux, ce sera probablement aride.
Une remarque sur le prix
Vingt-sept euros pour cent soixante-dix-huit pages, c’est cher, et il faut le dire. C’est le tarif habituel de ce type d’édition critique, qui s’adresse à un public restreint et se vend en petites quantités, mais ça reste un frein réel.
Si vous hésitez, le texte anglais existe depuis 2015 et se trouve en poche pour nettement moins.
L’Histoire de Kullervo, de J.R.R. Tolkien, établi par Verlyn Flieger, traduit par Aurélien Blanchard, chez Christian Bourgois éditeur. En vente depuis le 17 septembre 2026, 178 pages, 27 euros.
