Ce qu’il faut retenir
DCeased, jeu de plateau tiré des comics DC, est arrivé en boutique aux États-Unis le 11 septembre à 139,99 dollars. Les joueurs qui ont financé la campagne participative de novembre 2023, avec une livraison promise pour avril 2025, sont désormais repoussés au premier trimestre 2027. L'éditeur CMON déclare par ailleurs environ 368 000 dollars de trésorerie début août, et reconnaît 14 millions de dollars de campagnes non livrées.
Vous mettez cent euros dans un jeu de plateau en novembre 2023. On vous promet la boîte pour avril 2025. En septembre 2026, vous ne l’avez toujours pas, et le jeu apparaît en rayon dans votre boutique, à cent quarante dollars, achetable par n’importe qui.
C’est ce qui vient d’arriver aux contributeurs de DCeased, adaptation en jeu de plateau des comics du même nom. Sortie en boutique le 11 septembre aux États-Unis. Livraison aux financeurs repoussée au premier trimestre 2027, soit plus de trois ans après la campagne.
Pourquoi l’éditeur fait ça
Il ne s’en cache pas, et c’est ce qui rend l’histoire intéressante plutôt que scandaleuse : CMON vend en boutique pour financer la fin de la production.
Les chiffres que l’éditeur a lui-même déposés auprès de la bourse de Hong Kong sont sans ambiguïté. Environ 368 000 dollars de trésorerie au 4 août 2026, ce qui représente moins d’un mois de fonctionnement. Plus de deux millions de pertes sur le premier semestre. Et une recherche de financement allant jusqu’à 17,5 millions auprès d’investisseurs extérieurs.
Le même document reconnaît quatorze millions de dollars de campagnes non livrées, réparties sur huit projets. DCeased en représente 2,5 millions, un autre jeu DC 4,4 millions.
Traduit simplement : l’argent des campagnes a été dépensé, les jeux n’ont pas été produits, et il faut de nouvelles rentrées pour les fabriquer. Vendre en boutique est le moyen le plus rapide d’en obtenir.
Ce qui nous met en colère
Pas la difficulté financière. Une entreprise peut aller mal, ça arrive, et CMON a le mérite de publier ses comptes puisque la loi l’y oblige.
Ce qui pose problème, c’est l’ordre de priorité qu’on en déduit. Le financement participatif repose sur un marché implicite : vous avancez l’argent, vous acceptez le risque et l’attente, et en échange vous êtes servi en premier, souvent avec du contenu exclusif. Ici, le contrat s’inverse. Celui qui a avancé l’argent il y a trois ans passe après celui qui paie au comptant aujourd’hui.
On peut comprendre la logique de trésorerie. On peut aussi constater que la personne qui a pris le risque est celle qui attend.
Ce que ça devrait changer pour vous
Une campagne de financement n’est pas une précommande. Ce n’est pas un achat. C’est un prêt sans intérêt, sans garantie de livraison, à une entreprise dont vous ne connaissez pas la santé financière.
La plupart du temps, ça se passe bien. Quand ça se passe mal, il n’existe aucun recours simple. Et l’information qui permettrait d’anticiper, en l’occurrence des comptes publics montrant moins d’un mois de trésorerie, n’est consultable que si vous savez où chercher.
En France, la version française de DCeased est en précommande chez les revendeurs. Vous savez maintenant ce que vous faites en la commandant, et ce que vous faites en la finançant.
