Ciné & Animation09/15/2026

Récré A2, Club Dorothée, Minikeums : cinq émissions qui ont façonné les 80-90

Une bagarre de chaînes qui a fini par éduquer toute une génération au manga

De Récré A2 à Club Dorothée en passant par Les Minikeums, cinq émissions se sont disputé les mercredis des enfants français, des années 70 aux années 2000.

Par

Devil

Rédacteur chez SpiritGamer

Devil, fondateur de SpiritGamer. Zelda et Halo dans le sang depuis toujours, mais sinon je joue à tout, manette en main ou pas. Si un article vous a fait grincer des dents, c'est probablement le mien.

EN BREF

Ce qu’il faut retenir

Cinq émissions ont structuré l'enfance télévisée française des années 80-90 : Les Visiteurs du mercredi, Récré A2, Il était une fois... l'Homme, Le Club Dorothée et Les Minikeums. Leur point commun : une bagarre d'audience permanente entre TF1, Antenne 2 puis France 3, qui a importé en masse les dessins animés japonais et fini par façonner le goût d'une génération entière pour ces licences.

Notre positionCette guerre commerciale a construit, sans le vouloir, la culture pop qu'on retrouve aujourd'hui dans le jeu vidéo.

Pendant vingt-cinq ans, savoir ce qu’un enfant français regardait après l’école revenait à savoir sur quelle chaîne ses parents s’étaient arrêtés. Le mercredi après-midi et la sortie des classes sont devenus, entre 1975 et le début des années 2000, le terrain d’une bagarre commerciale que personne n’appelait comme ça à l’époque. Cinq chaînes s’y sont affrontées avec des armes différentes : l’une achetait des dessins animés japonais au kilo, l’autre misait sur le patrimoine hollywoodien, une troisième pariait sur des marionnettes en latex. Aucune ne cherchait à éduquer qui que ce soit. Elles cherchaient une case horaire et un budget d’acquisition tenable. Ce qu’elles ont construit au passage, personne ne l’avait prévu.

Les Visiteurs du mercredi (TF1, 1975-1982)

Tout commence ici. Le 8 janvier 1975, Christophe Izard lance sur TF1 une émission tournée en direct pendant plus de cinq heures d’affilée, animée notamment par Patrick Sabatier. Le programme mêle sketchs, marionnettes (Cibor et Bora) et une « parade des dessins animés » dominée d’abord par les productions américaines Hanna-Barbera. À partir de 1981, l’émission accueille Capitaine Flam, feuilleton de science-fiction en quatre épisodes par aventure, dont le classicisme et l’absence de violence lui éviteront les polémiques réservées à d’autres séries de la même époque. Mais la concurrence d’Antenne 2 grignote son public année après année, jusqu’à l’arrêt en 1982.

Culte : Les visiteurs du mercredi, générique 1977 | Archive INA

Récré A2 (Antenne 2, 1978-1988)

Lancée le 3 juillet 1978, Récré A2 porte le coup fatal à sa rivale de TF1 en misant sur un choix simple : diffuser les tout premiers dessins animés japonais jamais montrés en France. Goldorak, puis Candy et Albator, deviennent des phénomènes de cour de récré que Les Visiteurs du mercredi ne peuvent pas concurrencer. C’est ici que Dorothée construit sa notoriété, entourée d’Ariane et du dessinateur Cabu. En 1985, l’émission obtient même une case le mercredi matin, une première pour un programme jeunesse français diffusé en direct à cet horaire.

Dorothée – Enfin Récré A2 | CLIP OFFICIEL – 1982

Il était une fois… l’Homme (FR3, 1978)

À part dans le paysage jeunesse français de l’époque : un dessin animé pensé uniquement pour enseigner, sans animateur ni plateau. Albert Barillé y raconte l’histoire de l’humanité à travers les aventures d’une même famille de personnages, Maestro en tête, traversant les grandes périodes historiques. Le succès dépasse largement les frontières françaises : sept séries au total (l’Homme, l’Espace, la Vie, les Amériques, les Découvreurs, les Explorateurs, la Terre), vendues dans 120 pays. Un rayonnement international qu’aucune autre émission jeunesse française de la période n’atteindra.

Il était une fois… l'Homme – Le Générique

Ça Cartoon (Canal+, 1986-2008)

Pendant que TF1 et Antenne 2 se disputent les dessins animés japonais, Canal+ prend le contre-pied total dès le 16 février 1986. Philippe Dana y présente, dans le décor d’une salle de cinéma obscure façon Dernière Séance, une sélection de courts-métrages hollywoodiens des années 1940-1950 : Bugs Bunny, Daffy Duck, Tom et Jerry, Woody Woodpecker. Dominique Farrugia, alors inconnu, y fait même ses débuts télévisés dans le rôle muet d’un projectionniste. Le concept tient vingt-deux ans, un record de longévité pour une émission jeunesse française, récompensé quatre fois du 7 d’Or de la meilleure émission jeunesse (1989, 1994, 1995, 2003). Là où AB Productions mise sur le volume et le prix cassé des séries japonaises, Canal+ construit sa fidélité sur un patrimoine d’animation déjà installé depuis quarante ans aux États-Unis.

Ça cartoon (1986 – France)

Youpi ! L’école est finie (La Cinq, 1987)

La Cinq débarque dans le paysage audiovisuel français en 1986, portée par Silvio Berlusconi, et lance sa propre offensive jeunesse dès le 2 mars 1987. Contrairement au rendez-vous hebdomadaire du mercredi qui structure ses concurrents, Youpi s’installe en quotidienne, du lundi au samedi de 17h à 18h, juste après la sortie des classes, avec en renfort une version matinale et une déclinaison estivale, Youpi les vacances !. Le catalogue mêle séries occidentales (Les Schtroumpfs, Princesse Sarah) et productions maison, sans jamais atteindre l’audience du Club Dorothée. La Cinq disparaît en 1992, jamais parvenue à rentabiliser son modèle, emportant Youpi avec elle.

Générique de Youpi ! L'école est finie – 1987 – HD

Le Club Dorothée (TF1, 1987-1997)

Après la privatisation de TF1 en 1987, Francis Bouygues offre à Dorothée 21 heures de programmes hebdomadaires pour lancer sa propre émission. Le Club Dorothée devient vite un modèle économique avant d’être un modèle éditorial : AB Productions, qui produit l’émission, détient les droits d’un stock massif de dessins animés japonais achetés à bas coût, Dragon Ball Z, Les Chevaliers du Zodiaque, Nicky Larson, Ken le Survivant. Le contrat qui lie AB à TF1 accorde à la société de production 90 % des recettes publicitaires générées, une mécanique qui pousse à acheter toujours plus large et toujours moins cher. Le CSA intervient dès 1990 pour la violence de certains programmes, et Ségolène Royal publie à la même période un livre remettant en cause la médiocrité de cette télévision jeunesse commerciale. L’émission tient malgré tout dix saisons, portée par une audience moyenne de 55 % des 4-14 ans.

Club Dorothée : le générique (1990)

M6 Kid (M6, depuis 1992)

Quand La Cinq dépose le bilan en 1992, M6 ne se contente pas de racheter des dessins animés, elle récupère aussi l’homme qui les choisissait : Xavier Couture, responsable des programmes jeunesse de La Cinq jusqu’à sa fermeture, prend en main M6 Kid dès son lancement le 31 août 1992. La chaîne diffuse d’abord des coproductions initiées par La Cinq et jamais vraiment exploitées, comme Bucky O’Hare, avant de récupérer une partie du catalogue Berlusconi que La Cinq aurait dû diffuser si elle avait survécu. L’émission tient plus longtemps que tous ses concurrents directs, portée par une succession d’animatrices qui en fait une madeleine de Proust par tranche d’âge : Caroline Avon dans les années 90, puis Nathalie Vincent (1996-2001) et Karine Lima (2001-2005). Depuis 2008, elle continue sans présentateur dédié, réduite à un simple habillage entre les programmes.

Les Minikeums (France 3, 1993-2002)

Plutôt que d’imiter frontalement le Club Dorothée, France 3 riposte avec un concept détourné des Guignols de l’Info : des marionnettes en latex caricaturant des célébrités devenues enfants. Coco pour Antoine de Caunes, Jojo pour Johnny Hallyday, Vaness pour Vanessa Paradis. Créées par Arnold Boiseau et Patrice Levallois, elles assurent d’abord la transition entre les dessins animés avant de devenir des stars à part entière, avec leurs propres tubes (Ma Mélissa, disque d’or en 1997) et leurs parodies de films dès 1996. Plus de 4 000 émissions diffusées en neuf ans, jusqu’à un arrêt brutal en 2002 qu’une partie du public prendra d’abord pour un poisson d’avril.

Minikeums – Générique 1993

Ces huit émissions, en se livrant une guerre d’audience permanente sur cinq chaînes différentes, ont fini par installer chez plusieurs générations de Français un goût pour des licences japonaises et américaines qui pèsent encore aujourd’hui dans le jeu vidéo, du dernier Dragon Ball au moindre remake de licence 80s.

À vousClub Dorothée s'est arrêté le 30 août 1997, remplacé par TF! Jeunesse. Les Minikeums ont tenu jusqu'en 2002, avant un retour raté sur France 4 entre 2017 et 2021.