La médiatisation des jeux vidéo

Publié par le 06 janvier 2018


L’OMS va reconnaître l’addiction aux jeux vidéo comme une maladie mentale… « Nous voila encore stigmatisés » a été ma première réaction. Entendons nous bien, je ne nie pas que l’addiction aux jeux vidéo est une réalité, il n’y a qu’à voir les faits divers en Corée (entre autres) pour s’en rendre compte, et c’est bien que cela soit reconnu et permettent aux gens qui en souffrent de trouver un cadre légal et médical pour obtenir l’aide dont ils ont besoin. Je reste persuadé que cela a été fait avec de bonnes intentions mais je trouve cela mal réalisé. Déjà dans la description de symptômes vagues et non scientifiques, qui nous dit qu’ils peuvent être occasionnels (ah bon, une dépendance occasionnelle, ça existe? on peut être accroc un week end par trimestre?) mais surtout dans la définition. « Maladie mentale ». Encore une bonne image du jeu vidéo envoyée au grand public. Et je me suis demandé : Quelles sont les dernières médiatisations du jeu vidéo que j’ai vu passer dans les médias grand public, que ce soit télévision ou internet?

  1. L’OMS déclare l’addiction aux jeux vidéo comme une maladie mentale.
  2.  Un jeune homme de 28 ans meurt des suites d’un Swatting.
  3. Le harcèlement de la journaliste qui a dénoncé les forums blabla 18-25 de jeuxvideo.com
  4. La polémique sur la violence domestique dans le trailer de Détroit.

Pas étonnant que l’image du jeu vidéo soit si mauvaise. Du coup j’ai eu envie de rééquilibrer la balance.

Dans l’inconscient collectif, le gamer est encore trop souvent associé à un adolescent boutonneux, en surpoids, à tendance asocial et renfermé dans sa chambre. Pourtant, de récents sondages montrent que le profil moyen du joueur en France est un homme de 30 ans, jouant entre 1 et 5 heures par semaine et achetant 1 à 6 jeux par an. Le jeu vidéo ne doit plus être assimilé à un loisir pour enfant, qu’un adulte devrait abandonner quand il atteint la maturité. De plus, l’image du personnage asocial reclus dans sa pièce a été mis à mal avec la démocratisation d’internet. Déjà parce que les développeurs se sont rendus compte que pour rendre un monde vivant, il était plus simple de créer des mondes persistants connectés peuplés par les joueurs que de codes des personnages non jouables. Mais aussi parce que cela a permis de faciliter la connexion entre les joueurs. Les jeux coopératifs et compétitifs tels que les Destiny, Call of Duty et autres ont banalisé la communication entre inconnus d’une même équipe. De même, les consoles permettent de créer des groupes de tchat afin de discuter entre joueurs même sans être sur les même jeux. En dehors de cela, les forums de jeux vidéo permettent aux joueurs d’échanger des astuces, des ressentis, des informations. Sans parler de l’avènement de Twitch, plateforme communautaire permettant à un joueur de partager sa partie en direct avec d’autres passionnés. Ou encore YouTube, permettant de partager ses analyses et ressentis d’un jeu, car le jeu vidéo ne se résume pas qu’a jouer, mais nous reviendrons là dessus plus tard.

L’autre image encore trop ancrée dans la conscience collective est la violence dans le jeu vidéo. Trop souvent le jeu vidéo est associé à GTA et Call of Duty dans l’esprit du grand public, et encore, seulement le fait que ce sont des jeux où l’on doit tuer des gens. Alors je n’irais pas jusqu’à dire que Call of Duty doit être pris pour le devoir de mémoire historique et GTA pour sa satyre de la société, mais ce serait à peine plus exagéré que le simplifier à un simple jeu de massacre. Le jeu vidéo a su évoluer depuis l’époque de Pong. Il a su grandir depuis l’époque où Mario devait sauter sur les tortues pour sauver une princesse enlevée par Bowser (même s’il le fait encore). L’évolution des technologies a permis au jeu vidéo de s’ouvrir à de nouvelles perspectives et de décrocher ses lettres de noblesses comme un art a part entière. Il s’est rapproché du cinéma, s’entrecroisant même avec ce dernier dans des films tirés de jeux vidéo comme Tomb Raider, Warcraft ou Assassin’s Creed.

Le jeu vidéo possède d’ailleurs sa propre cérémonie de remise de prix, comme les Oscars. Là où vous pourriez trouver l’Oscar du meilleur acteur, de la meilleure interprétation, des meilleurs costumes etc, le jeu vidéo possède l’Award du meilleur level design, du jeu de l’année ou encore de la meilleure bande son. Car le jeu vidéo, comme les films ou les livres s’appuie sur plusieurs domaines. L’écriture d’une histoire, le jeu d’acteur des doubleurs (qui est d’ailleurs le même travail que pour un film d’animation), le game design ou la composition de la bande originale. Il y a même désormais des concerts de musiques de jeux vidéo (le prochain étant Distant World en avril 2018 sur les musiques de Final Fantasy).

Le jeu vidéo se paye même le luxe de traiter de sujets de société, de faire passer des messages importants ou même de dénoncer des situations au travers de ses réalisations, avec un impact souvent bien plus fort que les films. En effet, aussi immersif soit-il, un film ne fera passer un message que de manière passive, lors du film nous ne sommes que spectateur alors que dans le jeu, nous sommes acteur. Nous prenons part à l’intrigue, nous prenons des décisions et devons faire face au conséquences. Ainsi, on retrouve des thématiques fortes comme les mauvaises actions réalisées avec de bonnes intentions comme dans Spec Ops: The Line, le harcèlement moral ou le suicide dans Life is Strange, le deuil d’un enfant dans RiME ou Heavy Rain, le don de soi et le sacrifice pour une plus grande cause dans The Last of Us, ou enfin la dénonciation de la violence domestique dans le dernier trailer de Détroit qui a été mal interprété par le public tout récemment. En impliquant le joueur, l’effet engendré est bien plus grand qu’en tant que simple spectateur, et le jeu vidéo l’a bien compris et a su l’exploiter au fil de son évolution.

Au delà du jeu vidéo à considérer pour ce qu’il est en lui même, il y a aussi de nombreuses études positives sur celui-ci, mettant en avant le développement des réflexes, de l’acuité visuelle. De nombreuses études essayent aussi d’utiliser le jeu vidéo dans le traitement de l’autisme par exemple. N’ayant pas assez lu sur le sujet, je ne m’étalerais pas plus que cela, mais les études sont disponibles en ligne.

Le jeu vidéo a tellement plus a propager que la haine et la violence. La communauté de joueurs est tellement plus que quelques dégénérés qui s’amusent de Swatting et de harcèlement. Il y a nombre de témoignages d’entraide, d’amitié, de partage parmi la communauté qui ne sont malheureusement pas assez mis en avant. Des rencontres, des gens qui surmontent les difficultés de la vie quotidienne grâce à des amitiés interactives, grâce à des figures fictives qui leur redonne de l’espoir ou leur montre une voie a suivre pour s’en sortir. Certains couples et familles se sont mêmes formés grâce aux jeux vidéos suite à une rencontre sur un jeu ou une console. C’est à nous de partager tous les aspects positifs du jeu, car jouer ce n’est pas que jouer, c’est ressentir, c’est partager, c’est vivre l’expérience. Pour participer a cela, je vous laisse sur cette vidéo d’une team de Destiny qui rend hommage à un de leur membre emporté par la maladie. Parce que le jeu vidéo transcende les écrans et les frontières et réunit les gens, il ne les oppose pas.

Pseudo :

Joueur depuis la NES et ayant possédé toutes les consoles sauf la regrettée Dreamcast, jouant a tous les styles de jeux et chasseurs de trophées compulsif

Playstation Archangejulien

Succés XBox JusticiaOmnibus

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